Anorexie métaphore de Peau d’âme

Fairy Godmother, Marraine  de la Princesse refusant d’épouser son Père, le Roi, conseille à celle-ci de revêtir la peau de l’Âne pour se déguiser et se cacher dans la forêt, abritée dans une ferme misérable.

{La fée marraine de l’enfant, va dissiper tout malentendu en apprenant à la princesse à ne plus confondre les amours : on aime ses parents mais on ne les épouse pas !

{La salissure ressentie par l’enfant est ici matérialisée par la peau d’âne, vêtement répugnant qu’elle choisit de porter et qui lui vaut son surnom – on ne connaît pas à cet égard son véritable prénom.

Par la suite, elle devient souillon et s’engage dans une ferme.} Wikipédia.

Comme dans Cendrillon, l’identité de la princesse sera révélée par une séance d’essayage : celle d’une bague, convenant au doigt le plus fin (pantoufle de verre au pied le plus fin dans Cendrillon), signe de jeunesse, de beauté et de pureté.




Peau d’Âne. Image issue du film de Jacques DEMY.

 

Grâce à cette sale peau,  la Princesse évite la mort symbolique de l’Inceste.

Cette peau est le “disembodiment”, “the lack of the body”, “the bodily self-model”.

Cette peau empêche de penser et de sentir “à la première personne”.

 

Grâce à la peau morte du X, l’anorexique évite la mort de l’indifférenciation fusionnelle avec la Mère, avec le groupe familial enlisé dans la psychose de l’inommé, de l’interdit, de la honte.

Cette peau d’âme est “the disembodied soul”, ou plus clairement le self-model rayant  l’accès au corps vécu et vivant.

A l’origine la princesse anorexique était “une” avec ses émotions, ses actions, son language, son cerveau, son corps.

Elle ne s’était même  pas posé la question de sa division et de sa mort symbolique dans la scission du self et du corps.

Mais un jour est venu, où la petite princesse a vu son corps allié intime (le Corps est le premier lieu des expériences de la vie, et donc des émotions), être emparé, paré, figé, aligné  par le groupe social.

Elle a faillit en perdre son âme, tant l’emprise serrait fort.

Elle s’est donc contrainte à se déguiser d’une peau terrible issue de la mort, d’un non-retour, la seule que la communauté a concédée à lui accorder.

Cette peau est la peau de la victime, du bouc émissaire, c’est une peau qui imite la Mort.

C’est la peau morte de l’Innocent bienfaiteur qui donnait tout en recevant rien, sacrifié pour sa valeur inestimable.

“Méfie-toi, car c’est ce que tu as de meilleur”.

Ainsi la Princesse peut échapper symboliquement au groupe hégémonique du même.

C’est cet objet transitionel issu d’un sacrifice accordé en guise de compensation envers l’anorexique, qui sauvera la vraie peau de celle-ci.

Cette “peau de chagrin” joue le rôle de pare-feu entre l’anorexique et la loi hégémonique du même exercé par le clan des pairs.

L’anorexique se rend souillon, abîmée, déguisée sous cette peau mâcabre.

 

Revêtir cette peau contraint la Princesse à taire son âme rebelle et étouffer son vrai corps sali dont elle a honte.

La Peau d’Âme enveloppe la princesse anorexique dans sa citadelle masquée.

C’est l’anorexie qui se joue alors avec un corps émacié, réduit à la membrane, un esprit vivant qui se tait désormais pour ne plus dire que des choses raisonnées et non plus ressenties.

(Logorrhée à défaut de ménorrhée).

La figure anorexique devient cet X limité, limitant du corps et de l’âme.

Ce qui reste de la Princesse est désormais couvert par la Peau d’anorexie-âme-âne.

C’est une peau d’écriture mais une peau qui interdit le contact direct avec les sens.

L’anorexique est alors au coeur de sa maladie extrême et le danger de mort est réel.

 

 

Deux issues sont possibles: Soit la Princesse anorexique, ou l’anorexique princesse, parvient à se faire dispenser de la loi du même,

puis décide d’enlever sa dépouille pour vivre dans sa vraie peau, sa peau “propre”, et là, elle retrouve les deux parts d’elle même, son âme et son corps réunis dans une certaine harmonie élaborée grâce à un travail de thérapie analytique et un travail de vécu personnel de la connaissance et des sentiments.

Soit elle devient Peau d’Âne et meurt dans cette peau de Mort.

 

Alice ODILON. Juillet  2009.

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