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Une anorexique des Villes, n’est pas des champs, et le paiera très cher.

Un endroit de la mort
La lumière blanche donne corps à toute la poussière de l’avenue principale.

Nade se trouve toujours sur des allées géantes et trop vite interrompues, ne menant à rien que des carrefours brûlants, des routes inachevées.

Elle a dîné ce soir dans la chambre.

Un grand verre de vin Kumala, de couleur profonde et blessante comme du sang, bénissant un morceau de sole rôtie parfumée de Lemon grass piquoté de Kaffir Lime Leaves.

Le liquide imprègne sa gorge et sa chair intérieure, aussi fort qu’un baiser d’ homme qui ne viendra pas.

La chair perlée du poisson subit une phagocytose obscène par les dents, la langue, le gouffre dans la jeune femme.

Ce soir, Nade est vêtue d’un petit maillot de corps blanc “Petit Bateau” aux garnitures gansées, une robe de coton surfin couleur crème,  brodée de fleurs beiges, sans manches, laissant apparaître le creux de ses bras, ces lignes de muscles secs et d’os à même la peau.

Des membres durs, douloureux, graciles et écorchés.

© Alice Odilon 2010. “Lutèce dans le drap blanc”.

Les seins ronds et doux se nichent dans une lingerie Italienne; quelques grammes de soie et de dentelles, achetés rue Delambre dans sa boutique préférée.

Les petites fesses fraîches sont habillées d’une culotte taille 13 ans “Petit Bateau”; les chevilles minuscules, serties de socquettes couleur ciel en fil d’Ecosse satinant.

Aux pieds, des ballerines de cuir taupe, terni et griffé aux bouts par la terre.

II ne reste que la montre vintage au poignée de Nade, pour décrire son goût pour les petits cadrans ronds des années 40, montés sur un bracelet de cuir brun crocro.

Et puis son sac jaune Bottega Venetta, le plus somptueux objet volé depuis tous ces derniers jours passés à Paris.

Retrouvons l’allée de marronniers dans la poussière.

Nade court,  sautille,  se faufile entre cette jetée de grands arbres furieux.

Le vent dessine ses jambes de femme tout le long de sa robe couture.

Nade des villes, n’est pas des champs et le paiera très cher.

Elle fuit le lieu même qui l’environne et la détient, où cependant elle est venue de son plein gré, avec préméditation.

L’oeuvre pourrait servir d’anxiolotique.

Nade crée du gaspillage de temps, délibérément, en apothéose de son ennui ridicule.

Nade s’enfuit.

Sa vie est dans les pas qui viennent.

La colonne d’hommes partie de Srebrenica en Juillet 95, pieds nus, mains nues;  séparés des femmes et des enfants, c’est à peu près la même route.

Aucune chance d’arriver.

Nade continue pourtant.

Il faut aller encore plus loin.

Elle accepte tout: la pauvreté, la solitude, l’abandon des hommes, le creux de son refuge, le silence.

Et elle n’a pas peur.

Elle n’a plus rien.

Plus rien ne compte si ce n’est un proche de sang quitté depuis plusieurs semaines maintenant.

Le reste n’est rien.

Elle est bien maintenant.

Soudain les hirondelles crient dans le ciel.


Leur jouissance : raser les murs. (dans le vent, des sons striants coupent les mots.)

Et dans l’air de ce bourg hostile, Nade retrouve la racine des ailes et du cri. – la chose qui fait vibrer N et la ramène toujours au sens.

Cependant là pour l’histoire, ce sublime coïncide avec l’arme blanche.

Le crâne d’hirondelle tape d’un coup contre la plaque d’un Range rover noir tout neuf: celui du Docteur F.

C’est fait, elle meurt.

 

©Copyrights Alice Odilon 2006

(Suite au prochain poste)

Lace, wings, bones, I made myself a new body

“Anorexic Lace B. Coat of Arms”. Copyrights Alice Odilon. December 2010. All rights reserved.

New www.aliceodilon.com

Simply enjoy another way browsing my work.

Le Velours, le lointain et la maigreur

Les éléments essentiels de mon jeu “visuel anorexique” demeurent:

La passion du Velours, la fascination pour le lointain étheré bleuté dans les tableaux de la Renaissance ou la Peinture Chinoise, et la maigreur encadrée par les passementeries de soie de chez Leclerq.

 

“Portrait of a Woman”. Lucas Cranach, the Younger.

 

Le velours pour combler le manque du corps, m’envôuter dans ses plis et ses moires, ses lumières divines, envelopper de support moelleux tous les angles qui font mal, les ondes de choc potentiel de mes mouvements maladroits.

Derrière l’étoffe s’étend le corps perlé resplendissant de nacre avec ses seins purs et ses lignes pâles.

 

“Lucrecia”. Lucas Cranach, The Elder.


C’est un velours rouge vermillon, souvent, parfois les verts émeraudes, les bleus cobalt et les oranges insolents, s’étalent en décor sacré.

La maigreur blanche du corps caché, trouve son sens dans l’apaisement des velours.

Les côtes saillantes ombrées par la lumière du jour, attendent leur pair de plis voluptueux.

Les creux du ventre plat jouent la scène du grand vide au rideaux rouge de l’Opéra Garnier.

Articulations et longueur des jambes devraient être montrées tant elles sont fines et délicates, mais non, le drapé des vagues veloutées les couvrent et les découvrent dans des ondulations soyeuses.

Conjointement, s’ouvre la fenêtre vers l’horizon bleuté, auréolé de nacre et des ors de Uccello.

Cet horizon nous fait atttendre la flamme hors cadre, celle du soir ou de l’aurore, celle qui apaise et permet la liberté.

La donne de la Maigreur dans le tableau, joue le rôle d’anamorphose, le rappel à la mortalité et le rêve de l’orgueil des os.


“Ogive, Poupée Corporelle”. Alice Odilon Copyright 2010

 

Et pourtant les os disent la vérité, malgré leur arrogance.

Alice Odilon. 16/04/2011

The androgynous doll tempted by anorexia

I think it happened in winter, in January, in this strange city where I lived every night in my realistic dreams.

A few dozen meters from the Akanian tower, a small Parisian café had imposed it’s tables and crowd, amongst whom I easily recognized Flower Doll with her cape of white petals, the Ragdoll cat, playing Lolita behind her huge dark glasses, hiding those round blue eyes, too blue, so deep.

Seated below, I identified without hesitation, despite her new falling beret, also white, Little Akan, concerned about the beauty of her skin, which was protected from the sun with her new immaculate hat.

She also wore large dark glasses to avoid the assault of UV on the outline of her huge eyes.

Syndra Raynaud, “the amputated hand”, was smoking an American vanilla flavoured cigarette, her long fingers stretched languidly, leaning against the arm of the little Akan.

She seemed to have forgotten her “owner”, the doll thief amputated by Iranian militia.

That she had still not shown the tip of her arm.

Betsy Mac Call alone failed to “rendez-vous” on the terrace; immensely tired, she had fallen asleep on the 32nd floor of the tower, after running some 40 km the day before for: “The anorexic Paper Doll Charity ‘.

- “Crikey!” Cried the flower doll (usually dumb and blind), watching the arrival of a hesitant creature deliciously chiseled on the other side of Avenue A.

- “She is naked, her head is bare. So thin and so beautiful!”


“The androgynous Doll”. Self-portrait 1984. Alice Odilon copyright.


“Her breasts are almost non-existent; pointed like sand dunes”, muttered a man sitting next to a jealous pinup.

“She is so white, so long, so tense!”

Continued an ugly young woman with blotchy skin and short brown hair, sitting at a table nearby.

- “What a special way of walking! What naive elegance!”

Dazed, Syndra Raynaud’s fingers stretched towards the sky.

“Look! Her icy eyes turned up, as if this doll of indeterminate sex had experienced a sexual orgasm”.

Added the severed hand, suddenly animated by an all invasive excitement.

- “She seems hungry, from afar I see her hunger, and her denial of hunger to be beautiful, independent, and rebellious.”

Cried the Rag doll cat sitting next to Flower doll.

- “It seems she wants to escape her shadow.”

- “What strange concern can be read on her face!”

- “Yes, she seems terrified by something which cannot be seen, which can’t be told!” added an alert Akan.

- “Those transparent eyes, it’s terribly disturbing!” purred the cat!

- “Such confusion in her transparent gaze, such a disappointment! What a poor doll!” Exclaimed the waiter, pale with fatigue.

The hesitant creature approached quietly with a broken gait like a puppet.

The rigidity of her limbs prevented a smooth movement and resulted in jerky rhythms, surprising, disturbing and yet at the same time very attractive.

No one could take their eyes off this doll stiffened and annihilated by the absence of any identity.

It was nice to see that she belonged neither to the masculine gender, by the way she carried her head and the smoothness of her skin mottled with cold, or by the length of her black lashes caressing the light of night, nor by the feminine gender with her allure of a teenage boy.

Akan imagined her as the leftover of some pleasure, prostitute, frustrated transsexual, slave god offered to violence and dejection of a fat community of power and lies.

Her body seemed that of Apollo emaciated by the desire to be a woman.

This appearance, terribly childlike and lost like a prostitute or doll, sometimes disappeared into the light, if one considered her arm and the acute angulation of her legs.

Nothing like a woman, rather a young man and yet neither one nor the other!

A thin young woman exposed to all for sale!

Tattooed, burnt by cigarettes, an androgen with all body hair removed for the scene and enjoyment of the Illuminati.

(The object of the hidden desires of these gentlemen of power, concealing their indomitable homosexual and predatory impulses.)

- A castrated angel like a lost, dirty, vagrant fairy.

Virility and vulnerability combined with the forces projecting from her skin so close to the bone.

Her thinness was no more; her skeleton was all, her attitude replaced her missing flesh.

At the same time, this lack of everything, inspired a savage sexuality to anyone who was looking: a fantasy of rape, of chains, of slaps and final possession of this body devoid of possessions.

She looked so embarrassed to live her character, this aristocratic carcass.

Blinded by fear, she felt suddenly stared at by these people gathered together on the terraces.

She gave a vitreous glance, opalescent and clear, cruel and tender at the same time.

As if to say: “I want to disappear but I want to be subjected to your criminal desire to rape me.”

Her brilliant ‘self’ took refuge in her magnificent eyes, that were impossibly beautiful , and her erectile skeleton, which would eventually fall to ashes.

Akan was eager to invite her to sit among her friends.

But was it humane to ask someone who was so hungry to join those who live?

Alice ODILON/ translated with help from David. January 2011.

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