Confession anorexique d’une cleptomane

Une cleptomanie installée chez Nade depuis plusieurs mois, n’était pas vraiment la raison de son état d’alerte permanent.

– “Impulsion regulière à prendre, indépendante de tout besoin et usage personnel.”
{C’est une façon de prendre pour être prise, tout en espérant ne pas l’être pour ne pas cesser d’avoir à prendre: car en en effet la kleptomanie devient pour certains une source de jouissance dont ils auront du mal à se passer…

Un plaisir compensatoire mais néanmoins suffisamment réparateur dans l’immédiat pour donner envie d’être vécu à nouveau.}
Au départ, chaparder des petits riens devenus plus tard des choses de luxe, vêtements de marque, sacs matriciels en peau d’agneau, croco, crèmes élixir caviar pour la peau, parfums, mouchoirs, dissimulés ensuite dans des boîtes à chaussures. Nade manquait de quelque chose.
– Indicible et honteux.

Quel dégoût immonde d’avoir manqué depuis toujours, l’essentiel, la protection, la foi, la confiance, la joie, la douceur.

Manquer de tout.

“Bottega-Veneta on fire” or “Akoya’s Cleptomania in Harrod’s”. 2006. Copyrights Alice odilon.

Nade, avait dû admettre le “moins” en couverture.

Alors N se sentait un peu seule dans les rues de la vie.

“Akoya’s sadness. 2006. Copyrights Alice Odilon. All rights reserved.

Avec le sentiment imminent d’un danger mortel permanent et dont il fallait faire semblant de ne rien voir.

Un peu la même oppression mortifiante déclenchée par la menace de l’orage, quand elle marchait, enfant, avec son père dans la campagne.

Pour esquiver la foudre blanche, elle lui posait toujours la même question: “- Dis Papa, ll ne va pas venir l’orage?

Et son père lui répondait distraitement:  “- Mais non, mais non, ma Chérie”.

Et la petite fille sentait l’orage envahir toute sa vie et se sentait péniblement céder au spectacle imposant du tonnerre, tel une bombe indéminable.
A force de menaces pesées sur elle,  des menaces extérieures qu’elle devinait probables, proches ou latentes, Nade, désormais adulte, n’arrivait à aucune décision, de savoir si oui ou non,  cette oppression mortelle avait réellement un fond.

Doutant de son manque à manquer, Nade se maintenait hors la loi, ne trouvant jamais la chose qui pourrait apaiser sa quête.

Elle avait fini par ne plus pouvoir se détacher du vide dont elle subissait la donne glissante.

Elle acquit une sorte de conduite, un style de mouvance corrigée dans le feutré.

Des gestes concis, silencieux, en quête de disparition hypertélique.
Cette technique de chasse contrôlée, à l’inverse de satisfaire ses manques, les multipliait impunément.

S’introduire volontairement dans le guêpier et, après avoir prélevé le miel, sortir par la grande porte sous les objectifs de CCTV.
La classe d’un fantôme.

Nade avait saisi le truc: il s’agissait d’agir lentement, apparemment détendue et dans son bon droit.

Aucune alarme ne se déclenchait.

Les vigiles de sécurité ne la remarquaient même pas tant elle semblait quelconque ou usée.

Si par malheur  l’envie exquise lui était venue de ne plus rien gérer, il eût suffit d’un seul affrontement insolent avec la CCTV, se montrer à elle telle qu’elle était vraiment: inquiète, effondrée, avide,  et donc vivante.

Dès la seconde où Nade cesserait le jeu de la dame neurasthéniquement riche, les détecteurs d’activité anormale se mettraient en route et captureraient les preuves vidéo de la perte nadienne, s’avouant hiatus dans ces lieux surveillés.
Une obscène vérité nourrissait l’ossature de ce phénomène socio-sécuritaire, quelque chose de scandaleux aux yeux de Nade: Seul paraître comme tous les autres (renoncés, possédant, possédés par leurs crédits, vacances payées en 3 fois, projets d’agrandissement, “sur- nourris”, avancés dans la vie, épargnants épargnés par la misère) lui accordait leur respect.
Son attitude de refus face à cet ordre des choses, n’avait pas lieu de citer.

Nade n’en avait jamais dit un mot à quiconque.

Copyrights Alice ODILON. All Rights reserved.

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