Endosser la Figure Anorexique

fairy dust

 

“Snowy Dust” . Copyright Alice Odilon 2010

 

Endosser la Figue anorexique:

Mon parti pris est de parler de l’anorexie d’une façon poétique, à l’aide d’une rêverie de la pensée, d’une errance des mots, et aussi d’une libre association d’images, de lieux, de souvenirs, de propres expériences.

Il m’est toujours apparu que parler de l’anorexie se ferait par un chemin de traverse, loin du regard réducteur et mortifère d’une société ultra-codée et schyzée par les stéréotypes et leur fausses évolutions.

La première chose positive m’apparant dans le phénomène de l’anorexie est la création de la figure anorexique créée par la maladie.

je suis convaincue que le “vécu dans la figure anorexique”, donne un sens très dynamique à l’expérience de l’être qui a choisit d’endosser l’habit de figure anorexique.

 

Cependant cette énigme fantômatique demeure faussement interprétée dans notre imaginaire collectif.

Les lieux communs seraient de dire que la Figure anorexique est la mort vivante.

Pour les regards extérieurs des gens bien placés, “correctement névrosés”, la vision de la manifestation anorexique les agresse, les dérange, les repousse, étant donné leur mauvaise interprétation de cette silhouette imaginaire, qu’ils associent immédiatement au spectre de la mort.

Pour ma part, vue de mon expérience anorexique longue et récurrente, j’ai toujours senti qu’il fallait respirer entre les intéprétations et déductions des “analystes spécialistes de la maladie”.

J’ai effectué une toute autre recherche autour de la construction imaginaire de l’anorexie.

Il m’a semblée qu’il fallait aller chercher plus loin dans la pensée, dans la quête d’une écriture fondatrice, d’une nouvelle naissance radicale, d’une quête de l’essence de l’apparition.

Il est question de naître à la vie, au sens, aux sens, et trouver une légitimité, sinon l’être enclin à l’anorexie, ne peut trouver une place vivante.

Nos objectifs sont tous différents, d’une vie à l’autre, selon nos parents, notre mémoire, nos premiers vécus.

Un événement catalyseur a déclenché le processus de survivance anorexique ( abus sur enfant, viol, violence verbale, inceste latent, abus moral, emprise parentale à contraintes paradoxales)

“Self-Portrait” Alice Odilon 2009

Il est chez certaines personnes des points communs de rêveries et d’absence menant au désir de l’expérience de cette trace figurante, de cette trace empreinte simultanée à sa disparition.

figure antablogAvant tout chez la personne pré-disposée, je reconnais une grande sensualité inhérente, une grande libido, un sens animal des perceptions, peut-être des forces trop vives de vie, des instincts de jouissance innocente et vierge de toute fin.

Sur ce terrain de l’âme, se bâtira, le besoin de mimer la Figure anorexique, devenir cette énigme, ce signe noble et fragile, sublimation de tous ces instincts animaux totalement purs et dont la société fait une lecture travestie, les désignant comme bas et fautifs.

Se fait jour alors, la quête d’une esquisse charpentée comme un signe mouvant, s’effaçant tout en laissant la trace pailletée d’une féérie évanescente et rebelle. Cette figuration dans laquelle s’engage la personne anorexique, est une figure défigurante, dans laquelle, les autres ne peuvent plus la reconnaître, la saisir, la manipuler, la conditionner.

La Figure échappe, fascine,

ne cherche pas de cristallisation dans la mort, mais plutôt dans une autre manifestation possible, végétale, minérale, animale.

Le signe du LoupL’une se transforme en arbre en fleurs, l’autre en cygne sur l’eau noire, en flocon de neige infiniment précis et discret, en renard blanc de l’artique, en aigle blanc aux ailes immenses. L’une voudrait des pattes de biches, l’autre, un corps de mustang, une autre, celui d’un dauphin….. Autant de manifestations

fragiles et incertaines, peut-être trop étouffées pour pouvoir être entendues, reconnues, acceptées.

Cela me fait penser au superbe film de Werner Herzog:

“Jeder fûr sich and Gott gegen alle”. ‘L’énigme de Kaspar Hauser”.

Bruno-Hauser

D’après la véritable histoire de Kaspar Hauser :

L’Énigme de Kaspar Hauser ne se contente pas de nous raconter une histoire incroyable, de nous faire partager le destin tragique d’un homme : c’est un film qui poursuit l’œuvre du cinéaste en questionnant de manière profonde notre place au monde.

L’histoire unique de Kaspar Hauser fait qu’il transporte en lui des questions tenant à la nature profonde de l’homme et de la socialisation : comment acquiert-on le langage ?

Comment se construit notre personnalité ?

Comment finit-on par se fondre dans la société.

“Kaspar naît au monde sans rien en connaître, sans même pouvoir nommer ce qu’il voit. Il découvre un réel pur, vierge de toute trace humaine. Au fur et à mesure qu’il va apprendre à parler, l’univers autour de lui semble se rétrécir et il ne retrouve plus l’extase des premiers instants. La langue tourne autour de considérations purement humaines, considérations dont Kaspar ne fait que peu cas. La découverte du langage est pour lui une joie, mais c’est aussi une malédiction dont peu à peu il prend conscience. Mais, arrivé aussi tardivement au monde des hommes, Kaspar garde en lui une étincelle de cette pureté originelle, un joyau qui n’appartient qu’à lui et que, malgré ses efforts, la bonne société ne pourra lui arracher. La diction si particulière de Bruno S., qui semble parler l’allemand comme une langue étrangère, fait office de barrière : il semble dire à cet entourage qui veut à tout prix le normer qu’il sera toujours Kaspar. Un illuminé, un sot, un fou… qu’importe : il restera Kaspar et gardera ancré en lui cette vision extatique du réel.”

Au début Kaspar Hauser, (dénué de tout contact avec les humains, la nature, l’amour) est pur de tout language, mais son intégration parmi les humains va engendrer sa déchéance, sa perte, sa confusion. Finalement il gardera sa clairvoyance et sa quête de pureté et de vérité jusque dans sa mort.

Ce destin tragique filtré par l’art de Werner Herzog, m’a semblée parler à merveille de l’essence d’une candidate à l’anorexie.

Kaspar Hauser est un être meurtri dès l’enfance, par sa mère,le monde, il survit grâce à son côté visionnaire lui permettant de faire le point sur l’essentiel. Son regard est toujours ailleurs que dans l’anecdote d’un contexte. Il ne se soumet pas au contexte social qui veut l’avilir.

L’anorexique recourt à des subterfuges de manifestation pures et vraies, dégagées de discours de pouvoir, de domination, de religion. Son échec est de ne pas être entendue, aimée comme elle est.

La société des hommes ne veut pas des gens purs, insaisissables et insouciants des enjeux de pouvoir et de domination.

Finalement je pense que la Figure anorexique se révèle en arme redoutable contre une société inhumaine et malade.

Alice Odilon 2/06/2013

 

600full-the-enigma-of-kaspar-hauser-screenshot 

Bruno Schleinstein 

Date of Birth

2 June 1932, Berlin, Germany

Date of Death

11 August 2010, Berlin, Germany (heart failure)

Birth Name

Bruno Schleinstein

 
Mini Biography

The unwanted son of a prostitute, Bruno S. was beaten so severely by his mother at age 3 that he became temporarily deaf. This led to his placement in a mental institution; he spent the next 23 years in various institutions, often running afoul of the law. Despite this past, he a self-taught painter and musician; while these were his favorite occupations, he was also forced to take jobs in factories such as driving a fork lift. Director Werner Herzog saw him in the documentary Bruno der Schwarze – Es blies ein Jäger wohl in sein Horn (1970) and vowed to work with him, which led to his major roles in The Enigma of Kaspar Hauser (1974) and Stroszek (1977). He was very difficult to work with, though, sometimes needing several hours of screaming before he could do a scene.

 

Purchased a piano with his income from The Enigma of Kaspar Hauser (1974) — see Stroszek (1977) for details.

Has become involved in outsider art and an exhibition of some of his works was put on display in New York in 2004.

Director Werner Herzog once named him the “unknown soldier of German cinema”.

He was also the subject of Nazi experiments on mentally disabled children during the Nazi era in Germany.

 

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

SaveSave

Leave a Reply

WordPress spam blocked by CleanTalk.