Ma photographie sera anti-conformiste.

Je vis la photographie comme engagement anticonformiste, vérité de ma vie.

Un jour un soit-disant star critique m’a jugée comme “très convenue”. “Of course”,  femme, anorexique, en pleurs, souffrant, attaquant les idées machistes, “Of course”, je ne devais pas le faire bander. mon cerveau, ma présence féminine devaient le gêner. Si je pouvais me rappeler son nom, je l’écrirais.

Dès le début de carrière mon lot femme fut un boulet pour ma réussite. Je désirais rester  femme sensuelle et trouver place dans ce milieu de l’Art. Les hommes de pouvoir m’ont multiplier leur signaux de mâles avant la rencontre attendue: l’analyse du travail. Toujours traînaient derrière moi, des langues de prédateurs. Faire front.

Avec toute ma volonté j’ai sacrifié mon apparence  femme attirante et  me suis dissimulée dans une peau anorexique,  stratégie déjà vécue auparavant dans l’enfance. Dès lors ma photographie prie les devants, je devins invisible. j’entrais dans la réalité de la création. Je disparus dans mes songes et mes troubles face au monde, et je commençais à photographier.

Self-portrait Alice Odilon telling about anorexia and embodied soul and disembodied bodySelf-Portrait “La femme sans ombres” 1984 © Alice ODILON

Mon inconscient me protégeait de la folie. J’écoutais le sens caché derrière ma fascination. Mon désespoir, ma terreur grandissaient de ne pas découvrir mon language, rester au stade récessif de regarder sans oser fuir vers mon Art. Il me demandait tout, tout foutre en l’air, partir loin de ma famille, partir sans rien, découvrir la société, me frotter à des boulots ennuyeux nécessaires à la survie. Un jour je plongeai dans la photographie: ma vie de sacrifice débutait.

Quel honneur de sentir les images venant en moi, les réaliser, voir. Mes images étaient arrivées, je naissais, je devins Alice ODILON. Ma vie a commencé à 20 ans, grâce à mon petit boîtier Nikkor tout cabossé acheté 50 francs, Objectif 50 mm inclus.

Là je savais: je me foutais de plaîre aux autres, je devais creuser, sortir de ce néant dont ma mère m’avait embaumée. Ma force spirituelle l’emporta. Le froid, le noir, le manque d’amour, la pauvreté, solitude totale, tout cela ne tenaient pas face à la force de l’ART.

Ma vie trouvait le sens attendu.

http://www.antablog.com/alice-odilon-fine-art-photography/telling-about-my-books/

Dans des expositions collectives dont je faisais partie avec des “stars” de la photo, je me trouvais parfois en désaccord, avec certaines oeuvres étrangères à ma façon de sentir les choses. Ces oeuvres là, je les soupçonnais d’être fausses, fabriquée pour plaire, atteindre le pouvoir dans le sens du poil. À Lorient je croisais le regard de Ralph Gibson participant au même événement photographique. J’ai sentis que je lui faisais peur. je savais déjà pourquoi: il n’arriverait pas à me séduire. Pas une femme comme moi. Nous ne nous sommes pas adressés la parole pendant tout le week-end show.

Un jour je replongeais dans cette dialectique “avoir ou être”. Par hasard Ralph Gibson à la Fondation Leica en 2010, évoquait son concept “acte photographier”. (uniquement avec un LEICA)

Sujet est prétexte, vrai sujet: l’action de photographier. Son talent ne faisait aucun doute dans le domaine de la séductrice photo “rien”. je ne compris rien à sa fierté et son arrogance. Très banal personne, immature et infantile.

L’Art exige un sacrifice, celui de se perdre, pour effacer la première épreuve de l’enfance.

Voir par soi-même vient avec la perte du fake self.

Photographier veut dire j’existe, je vois, je pense, je suis, un jour j’étais rien, un jour je ne voyais rien.

La photographie exige un échange courageux entre deux êtres imparfaits, deux réalités étrangères l’une à l’autre.  Regardé en regardant, effort complexe de transmission des regards. Le sens photographie rejoint celui de vie, du true self. La vie doit te transpercer avant que tu oses photographier.

Ralph Gibson fuis les choses, saute délibérément le passage obligé: La question de pouvoir exister en étant un regardant regardé.  

Les femmes hétérosexuelles photographes rencontreront pendant les siècles passés et à venir, la question du sens de leur place, leur droit voir, leur droit cadrer.

Ralph Gibson, tout réfléchi, réalise des images en quelques sortes abstraites, ou anecdotiques, avec grande aisance et confiance en lui. 

Ralph Gibson, un “Leica Photographer”, cherche à contrôler. Homme Sandwich Leica, “adman”, fake self.

Leica se vend à travers Ralph Gibson.

En Bref Ralph Gibson reste pour moi du marketing.

Pour être sujet il faut être objet et réciproquement. Il en est de l’échange et de la fulgurance de la vie. Jean-François Bauret, dans son travail de mise à nu de  modèles était très impliquédans cette révélation intime; il était trancendé par l’Autre. Je me souviens d’avoir assisté à ses shootings et je me rappelle de son silence rempli d’émotion et de sa respiration photographique. On était bien loin du froid de l’appareil en lui-même, on oubliait totalement l’appareil n’ayant qu’un rôle de filtre.

Le comportement d’un photographe stéréotypé muni de son appareil de merde répand le vide ridicule. L’appareil n’a pas d’importance à mes yeux. Il reste outil, filtre enregistrant l’échange entre deux mondes imparfaits:  vu et regard, la rétine et la lumière, le coeur, UN et les yeux de l’autre.

Tout médium doit être anéanti et reconstruit lors d’une remise en question de sa propre nature.

Les optiques Leica ont toujours rendu une “softness” aisément reconnaissable, avec des noirs intenses, abstraits. Gibson a très bien su utiliser les caractéristiques de Leica. Mais je pense qu’il en a fait un système de production sans questionnement. Et cela m’ennuie profondément.

Il faut repartir à Zéro.

Je choisis en 1982 de me  photographier  comme objet expérimental. Cela semblait une bonne première étape; passer à la moulinette. Remettre en question cette conception centrale de l’humain, point essentiel du monde, maître de toute vérité erigée de son minuscule point de vue.

Après une enfance très destructive auprès d’une mère non aimante, ma perception des choses fut sévèrement déviée et je me sentais animale dépourvue de mots.

En abordant la photographie muette, je pus dire ma confusion et avouer mon étrange étrangeté.

Self-portrait Alice Odilon telling about anorexia and embodied soul and disembodied bodySelf-portrait “Marquise saedan”. © Alice ODILON

Suis-je sujet? suis-je objet? suis-je regardée ou regardante? Ai-je le droit de dire que ce que je vois?

Il est capital de trouver sa place silencieuse et son invisibilité pour voir.

La photographie doit changer les apparences,  nous emmener dans un rêve mystérieux, où le spectateur est remis en question.

Cadrer, un pouvoir phallique,  couper dans la vie, couper, isoler une idée. Pour les femmes c’est différent. Se pose toujours la question de continuité, être dans la coupure ou le pli et  regarder quand même les choses avec ce statut d’objet-sujet.

Avoir me semble correspondre au cadrage.

Être me semble correspondre au cadre coupé, au cadre déjoué par l’objet représenté. L’objet en lutte avec le cadrage. Comme la femme en lutte avec son statut d’objet.

En référence je joins à cette réflexion toute tâtonnante, quelques images réalisées par des Maîtres. Visuel BD Patrimoine photographique

©André Kertesz.

Fifth Avenue Houses, New York, 1936 East Side Portrait, 1932 The Unmade Bed, 19571 – Berenice Abbot.

Cette image marquée d’une Ombre Noire intense nous ramène à notre propre absence au monde.

2 – Berenice Abbot.

Ce Portrait nous informe de la fragilité d’un homme, son doute, les cartes, le jeu, une lueur d’éphémérité soulignée par une prise électrique en métaphore.

3 – Imogen Cunningam.

C’est le lit défait, l’absence du corps levé, le mystère de ces draps intimes.

A chaque fois on note l’absence du photographe et pourtant sa trace dans l’ombre, les yeux, les plis.

Cette absence du photographe signe la grande beauté de l’Art. Il ne s’agit pas d’une vérité appliquée mais d’une authenticité du ressentir.

Alice Odilon 20/02/2015. 

 http://www.antablog.com/logotherapy-unconscious-art-meaning/

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