Marathon effort healed me

Durant la moitié de ma vie, j’ai pensé mes limites physiques et intelectuelles comme des portes serrées, condamnées.

La marche de manoeuvre étant très courte, je n’ai jamais pensé violer cette idée de finitude.

Sauf par l’anorexie me permettant d’impliquer mon corps et ma pensée, dans un challenge extraordinaire.

Toute cette impuissance dominant mon esprit et mon enveloppe physique me laissait entendre des limites très morbides à tout ce que je faisais, tant sur le niveau concentration intelectuelle, endurance de création, force physique, capacité à tenir l’effort sportif.

L’anorexie m’a apprit à contrôler mon poids et la forme de mon corps.

J’ai inventé ma forme corporelle à partir de visées esthétiques à atteindre coûte que coûte.

je l’ai bâtie d’essentiel, d’os charpentiers, de muscles secs nerveux, de veines tendues, de pieds et de mains gelées dans le froid.

Mon corps s’écrit en  lettre  A ou X de l’alphabet, il s’inscrit sans erreur dans la gamme des mots, des sons, des sauts de voyelles et pleurs de consonnes; il colle à la forme x, l’esprit de l’écriture anorexique.


“Exploit yourself”. Nike campaign.

Un corps devrait dépasser son rôle d’impact de chair.

Le mouvement le définirait par dessus tout.


Titanic Effort . Copyright Jon CHASE. Wheelchair marathoner William Tan experiences the loneliness of the long-distance racer as he hauls it up Heartbreak Hill last Marathon Monday.

Tan dedicated his efforts to Children’s Hospital, raising money as part of Children’s Kids at Heart Marathon Team.

Ainsi je vois cette enveloppe charnelle comme utile et non pas ornementale.

Il en devient d’ailleurs extrêmement beau car travailleur fuselé, courageux, musclé, veiné de sang dégraissé, sans avarice.

Un corps jouit s’il va jusqu’au bout de ses forces.

Je le vois mal en train de s’épargner, que ce soit dans l’amour ou dans la course, ou dans la marche ou la danse, encore moins dans des cas limites comme  la fuite des hommes de la colonne de Potocari en 1995.

Ceux là ils avaient les pieds en sangs, sans chaussures, ils étaient affamés, déshydratés, ils avaient perdu leur femme et leurs enfants, ils étaient encerclés par les Chetnicks assassins.

Ces derniers les ont égorgés et exterminés jusqu’au dernier, ouvert la gorge avec leur mains, avec leur saôulerie, leur néant.

Cette image apocalyptique du massacre de Srebrenica incarne le génocide de jeunes hommes vivants, alertes, terrifiés, perdus au sommet de leur vivacité et à ce stade, torturés et exécutés comme des chiens.

Mais cela rejoint fort le concept de sacrifice, d’auto-sacrifice de l’anorexie.

Je sens bien que je vis une confusion de sens entre vivre et me consummer.

Un être qui travaille, crée, se dépense sans compter, s’intéresse de 1000 choses,  fait du sport, mange peu, donne beaucoup aux siens, cela me semble la ligne de conduite pour ne pas sombrer.

Cela ressemble à un discours hygiéniste peut-être mais le corps n’est il pas l’endroit où l’on inscrit son art de vivre?

Cependant pendant toutes mes années de jeunesse, mon apparence physique racontait mon impuissance à me libérer de mes idées de limites.

L’anorexie m’avait ouvert des portes de l’excès physique et spirituel, et fermé les portes du plaisir de relâche.

Curieusement cette relâche je l’ai vécu dans  l’effort marathonien pouvant combler mon corps et ma tête en même temps.

Avant d’en arriver là,  je me limitais à des sorties de 23 kms en 2 heures  et je n’arrivais pas à décoller.

Toujours ce mur barrant ma route vers moi.

Je crois que je suis arrivée à dépasser cette peur de l’impossible, en retrouvant l’humilité et les illusions orgueilleuses.

J’ai pu envisager alors de me dépasser.

“De la Phase handicapée anorexique, je suis passée à l’état d’athlète anorexique. C’était déjà plus viable”. Alice Odilon 2010.

j’ai décidé d’aller voir derrière la ligne de l’effort physique, j’ai trouvé un potentiel harmonieux de mon rythme cardiaque, mes forces musculaires, mon souffle, mon vécu des minutes, des heures.

Je ne me suis pas perdue, bien au contraire, je me suis trouvée, enfin.

Je me suis écrite dans le temps avec mon corps et avec l’accord de ma tête.

Un plaisir formidable de se mouvoir dans l’espace et la pensée.

C’est arrivé en courant. J’ai réussi à connecter les deux en courant.

Dans le même temps, la même oxygénation des muscles et des synapses fait coincider l’instant de vie simple.

On est dans l’essentiel, le vrai, courir me permet de vivre mieux, transgresser mes limites morbides, alléger mes peines de l’anorexie (la peur de vivre, la peur des autres, la peur de sa propre énergie….).

Dans l’effort se conjugue la volonté, le dépassement de soi, le vertige, l’ivresse, l’oubli, l’ultime sensation de vivre à nue sans se perdre dans les faux-semblants.

Quand on coure, on ne peut pas tricher, on est.

J’attendais cette sensation forte depuis toujours.

Il existe autre chose que mon symptôme anorexique pour m’identifier maintenant.

“I am a runner”, comme le dit clairement Paula Ratcliffe.

Alice Odilon. Septembre 2010.

Exploit Yourself is a special commercial inspired by Nike and created by the Barcelona based VFX studio, Big Lazy Robot.Directed by Carl Rinsch, Exploit Yourself speaks volumes about pushing your own limits ‘We see no competition or race but the one race within, one should try one’s best and never give up’.

A large part of my life has past until I’ve been able to think differently about my physical and intellectual limits, which was like blocked up doors.

My walking maneuvering being so short, I never thought to overrun this idea of close end.
Except with the anorexia…….it enabled me to involve my body and my mind in an extraordinary perilous challenge.
All this powerlessness controlling my soul and my carcass, told me that I was a finished feckless weak  person,  at all levels of creation, commitment, endurance, determination.
Anorexia had taught me to govern the shape of my body and my weight.
I invented my  body shape from aesthetic common ideas, that I have to reach at all costs, eventually the death.
I build myself with a illusion of Essential, a prominent frame of bones, solidified by lean muscles, stretched veins, and in spite of myself, permanently frozen hands and feet, even in summer.

My body is enrolled as the letter A or X, it’s registered without error in the range of keywords like ”bodily metaphor”, “disembodied person”, “embodied soul”, “anorexic appearance”, “ghostly shape”…….etc….
For me a body has to be more than flesh and lust.
Motion is its reality.
That means I consider my physical envelope as a tool not as an ornamental parade.
In this way it becomes extremely beautiful and desirable, because it  evolves and progress all the time, struggling with the effort, the stress, the exertion, the exploit as well.
Body knows enjoyment if it  goes trough its illusion of stability.
I don’t see it comfortable in a permanent prudent reserve whatsoever in making love, in running, in solving problems, or in every task humans have to accomplish every day.
However concerning my story, I can say, my body has always been a barrier to my accomplishment until the day I tried to learn running.
The day, I decided to overcome my fear of my own weakness, my fear to fail, I reached the point of connection between my mind and my body.

Finally I knew humility.

When I run, there’s no pretexting of anything.
That means I can have a rest concerning my only recognition to Anorexia symptom.

“ I’m a runner”. As Paula Radcliffe says so plainly.

Alice Odilon. Septembre 2010.

2 Comments

  1. Laura Tattoo

    Laura Tattoo

    15/10/2010 at 6:47 PM

    i wish i could reach this level of understanding. i have been sitting/lying on this couch for months, waiting to die. some days, i can press out a poem, translate bashung, i can refind the intellectual rhythms of the past… but it’s never going to come to anything until i physicallly move again, break through this wall of immobility and fear. dancing did this for me once. speed skating! bicycling 100 miles! what happened to me in this past 12 years? a pain condition that began after a terrible year of depression in bed. a pain condition that has come to dominate my life. i can see that it is self-perpetuating: the more i lie here, the worse i feel. now i have developed new conditions, more excuses for doing nothing. i have diabetes. my heart races at 130 beats when i stand up. i must get passed all of this, even die trying! i understand what you have done, and i’m proud of you. i hope i can take the lesson for myself and reclaim my body and consciousness. xoxoxoxoox

  2. Alice ODILON

    Alice ODILON

    18/10/2010 at 2:38 PM

    Hi Petit Moineau,

    Many thanks for your courageous message. I understand you deeply. Yes It’s a vertigo, if you leave your pain manage your body and kill your life.
    I wish you can realize it’s not too late to react. You have to wake up and fuck the pain of your soul and mind. Yes You suffer a huge heavy depression, but me too! You cannot give up! The death will have all of us, but now you’re alive, you have the chance to be alive.
    You have have to stand up, to beat your diabete, to get a new diet for your health. Even if it’s seems impossible, you have to do it! dying is easy! living is the target, the game, the Art for you!
    Staying alive is your target and your only way to translate bashung, write a book, walk again, walk, walk, move on.
    You have to. For us, for the beauty of your life.
    LOVE
    ALICE

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