Refaire les apparences sans les illustrer, avec une figure barrée

D’abord je voudrais vous parler de cette image “pilier” pour mon esprit.

Je l’ai créée au tout début de ma carrière; je devais avoir 17 ans. J’avais été très imprégnée par les livres de Jean Thierry Maertens, anthropologue. La série des Ritologiques, en particulier, “Le Dessein sur la Peau”,

https://www.amazon.fr/Ritologiques-1-Dessein-sur-peau/dp/2700700872/ref=asap_bc?ie=UTF8

m’avait éclairée au point de vue des limites du sens créées par l’homme. Dans le Rituel, je trouvai un jeu semblant me rassurer sur le sens des apparences, du social, des autres, de ma place, de mon reflet.

En suivant les pistes “anthropologiques” déchiffrées et interprétées par JTM, je pu jouer avec la métaphore et la métonymie et surtout je décidai de me consacrer à des images métaphoriques, des images où s’imprégnaient des traces de mon existence, sans désir de faire sens abouti mais uniquement, faire signes comme l’avait tenté de faire Henri MICHAUX.

https://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Michaux

Dès le début de mon travail artistique, j’avais perçu l’inepsie de la métonymie par l’image et la force de la métaphore par l’image.

Cette dualité dans le language jouait un rôle très important sur le sens que je tentais de découvrir dans ma vie. seule ma production d’oeuvres me garantissait la venue d’une identité dont je n’avais pas accès, par mes racines familiales.

Il s’agissait d’autre chose, d’un sens profond, plus universel, plus précieux à percevoir.

Ma personne en soi ne m’intéressait pas car je la vivais “passivement mortifiée par l’ennui”.

Donc je me suis intéressée uniquement aux oeuvres photographiques métaphoriques, qui par leur anecdotes pouvaient signifier des mystères, des clefs, des jeux de mouvement dans la réalité apparente.

Pour cela donc, je me suis plongée dans l’affaire du “Mimétisme” phénomène de représentation où la forme se noie avec le fond et inversement. http://www.cnrtl.fr/definition/mim%C3%A9tisme/substantif

Je comprenais que l’enjeu de la vie était de renoncer à se mimétiser aux autres, mais de se recréer en se mimétisant par rapport à des formes de vie qui me convenait.

http://www.antablog.com/ma-photographie-sera-anti-conformiste/

Les chiens eurent un impact primordial dans mon enfance et seule leur compagnie me donnait le bonheur désiré d’être en vie. Puis la Nature devint source de vérité. Le reste me paraissait faux, fabriqué, ennuyeux, obligatoire.Les obligations familiales me terrifiaient et m’attristaient. Seule la recherche d’un sens caché dans les images, m’obsédait.

Un hôte invisible m’acompagnait depuis longtemps: mon Inconscient. Il me dictait mes actes et mes décisiions en Art, et aussi dans mes relations amoureuses ou fantasmées.

Pour le psychiatre Frankl, un « Dieu inconscient » habite chacun de nous

Un jour j’écoutai  un entretien avec Francis Bacon, datant de 1975, sur France Culture, et cela me fit réagir en profondeur, dans mes vérités, mon travail de photographe et de peintre débutant.

Bacon affirmait que la photographie avait absorbé la réalité figurative et s’était entichée de la figure humaine; rendant impossible la peinture figurative descriptive et illustrative;

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/francis-bacon-parler-de-peinture-c-est-impossible

Je souhaitais dire à Monsieur Bacon que dès les années 1900, des photographes s’étaient joués des apparences et avaient déjà bouleversé le sens du “photographique”, questionnant ainsi la réalité brutale et son leurre métonymique.

Des gens comme Berenice Abbot, Imogen Cunningham, Julia Margareth Cameron, Brassaï, Kertesz, et d’autres grands avaient déjà démonté la photographie par cette arme capitale de l’INCONSCIENT et de la recherche du sens caché. 

Diane Arbus s’était noyée dedans, comme Ralph Eugene Meatyard, ou Nancy Rexroth, et Boubat.

Les photographes dont Bacon parlait, étaient les photographes illustrateurs comme Marchelier, Pierre et Gilles, Newton, Périer…. et d’autres stars du Business communication.  Rien à voir avec la révélation de l’Inconscient poétique et libérateur des apparences premières.

Dans ma vision, l’Art accordait une place essentielle à l’Inconscient.

Des peintres comme Klimt, Schiele, Munch, Odilon Redon, De Chirico, Gustave Moreau, Bonnard, Degas, Francesco Hayez, Paul Chabes, Henri Lebasque, Antoine Watteau, Susan Valadon, Theo Van Rysselberghe, Renoir, Pissaro, Cézanne, Giotto, Cranach, tous les Maîtres Primitifs Italiens, puis les Peintres de la Renaissance, avaient déjà banni l’illustration.

Désolée, Monsieur Bacon, mais je n’aimais pas votre Peinture, le cri silence de vos ecclésiastiques me parlait mais cependant demeurait anecdotique.

La peinture, celle qui me touchait de près, déversait généreusement la couleur, les gestes de l’humain, la poésie de la vie, le bonheur d’être en vie, le chagrin de ne pas savoir vivre.

http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/francis-bacon-parler-de-peinture-c-est-impossible

Alice Odilon. 1er Mai 2016.

 

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