La rue semblait vide et Akan, arrivait peu à peu aux frontières du Centre, annoncées
par des enseignes de fast foods, des terrasses de cafés,
des pavés neufs, des maisons encastrées les unes dans les autres.
Si elle n’avait pas senti le regard écoeuré qui la poignardait dans le dos,
et brûlait tout son corps, Akan aurait simplement souffert
d’une douleur subite, aiguë entre les omoplates, fouillant les vertèbres
et les nerfs électrisés.
” Akan poignardée dans le dos par un regard malveillant”. Alice ODILON copyright 2010.
Mais Akan perçut les yeux de son tueur virtuel.
Cet homme l’assassinait littéralement par son air vomisseur, dénonçant
un des crimes présumé de Akan.
La jeune femme étrangère dans ces lieux sans histoire, osa se retourner, par instinct
sentant sa propre pulsion scopique vouloir la défendre.
Elle fit quelques pas vers l’inconnu interloqué par cette mouvance féminine
rompant avec la convenance des déplacements physiques entre homme et femme.
- Bonjour, s’il vous plaît, puis-je vous demander pourquoi vous me voyez avec la peur?
- Je ne vous regarde pas, je passe. Mes affaires m’attendent, je ne vois pas ce
que vous voulez dire.
- Excusez-moi, j’ai vu votre arrêt sur le trottoir d’en face,
j’ai senti votre crainte en me considérant.
- Non, non je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit cet homme sur un ton plus haut.
J’ai simplement remarqué votre silhouette osseuse, j’ai eu mal pour vous,
je vous ai trouvée inregardable.
Akan reçut une pique dans l’estomac; les battements de son coeur partirent en cavale.
Cet homme devait avoir une trentaine d’années et présentait une allure très affirmée
et élancée.
- Ce bel homme est entrain de me dire la vérité, que je suis morte et je n’ai pas
le droit de marcher dans cette rue, pensa Akan, très fatiguée.
- il vous manque tout, la chair, où est votre chair? interrogea l’individu s’étant
approché de la jeune femme abattue.
Vous êtes vieille et vos jambes, vos bras m’apparaissent comme des branches
d’un arbre foudroyé, vos gestes parlent d’une souffrance que je me suis cachée
depuis toujours.
Je n’arrive pas à me dire que vous existez dans cette rue, là maintenant,
en ce moment où, moi je passe, et où les femmes
pour moi, portent la chair, m’invitent à les déshabiller du regard.
Une femme c’est bon à regarder, c’est du plaisir.
Je ne demande pas qu’une femme ait un regard, c’est moi qui voit,
elle ne fait que se montrer, vivre par mon regard d’homme.
Je ne supporte pas vos yeux, ils sont trop grands et me gênent
plus encore que cette chose cachée au bas d’un tableau de Holbein:
“Les Ambassadeurs”.
Oui cette chose en biais me traquait comme vous
avec votre visage mangé par vos yeux abusifs.
Akan sentait son corps s’effondrer sous la négation verbale du jeune homme .
- Je ne sais pas, je ne peux pas, je…. je peux plus, laissez-moi.
- C’est bon, quelle personne bizarre vous êtes! vraiment je n’ai
pas envie de vous parler d’avantage.
Vous me gênez, je ne supporte pas de voir vos clavicules saillantes,
je n’ai jamais vu un corps comme le vôtre; c’est assez.
Au revoir.
Et l’inconnu s’en alla en grognant des mots inaudibles
sur un ton pestiférant, au son desquels Akan aurait pu crever.
Alice ODILON. copyright. 27/06/2010.
The street seemed empty and Akan, came gradually to the borders of the Centre
announced with signs of fast food restaurants, sidewalk cafes,
new pavements, houses built into each other.
If she had not felt the disgusted glance which stabbed her in the back,
and burned her body, Akan would have just suffered
a sudden pain, an acute sore feeling between the shoulder blades,
dismembering her prominent vertebraes and wrecking her electrified nerves.
But Akan caught the eyes of her virtual killer.
This man was murdering her by his vomiting glance, denouncing her presumed
unpardonable fault.
The young foreign woman trapped in this non-sense situation, ventured to return,
by instinct, lead by her own scopic pulsion trying to save herself from the lethal attack.
She walked towards the stranger (seeming taken aback by this female motion),
breaking with the convenience of eye contact between man and woman.
- Hello, please, can I ask you why you’re watching me with fear?
- I do not watch anything, I pass. My business cannot wait. I did not stare at you.
- Excuse me, I saw your stop on the opposite sidewalk.
I felt your fear while you were looking at me.
- No, no you’re wrong, replied the man, on a higher tone.
I just noticed your bones, I was bothered by your insulting body,
I have found it “inregardable”.
Akan was picked in the stomach, and her heart beating went on the run.
This man might be thirty years and got a very assertive and slender style.
- This handsome guy is telling me the truth, I’m dead and I don’t have
the right to walk down this street, Akan thought, very tired.
- You miss all the flesh, where is your flesh? questioned the stranger having
approached the young shot woman.
You’re old and your legs, your arms look to me like branches
of a dead tree. Your move speaks about a suffering that I hid
forever in me.
I can not tell to myself that you exist in this street, by now
when I am, and where women, always will be at my disposal,
invite me to leer their “dirty” body.
I do not ask a woman to decide, it’s me who watch.
She does show herself, to live through my eyes of man.
I can not stand your eyes, they are too large and scare me
more than this thing hidden at the bottom of a Holbein painting:
“The Ambassadors”. Yes this anamorphosis hunting me like your
face eaten by your special look.
Akan felt her body collapsing under this negative young man.
- I do not know, I can not, I …. I can not anymore, let me.
- It’s fine, what a weird person you are! I really
don’t want to talk to you any more.
You embarrass me, I cannot be comfortable with your protruding collarbones,
I’ve never seen such a thin body, it’s too much for me.
Goodbye.
And the stranger went away muttering inaudible words in
a violent tone, so rude, than plague Akan might have died.
Alice ODILON. Copyright. 27/06/2010.
