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Anorexia, marathon and achievement

“Anorexia run”.Copyright Alice Odilon Janvier 2010.


Akan la maigre, court  sur le tapis de course depuis 2 heures et déjà son visage osseux ruissèle de sueur, des mots mal dits.

Sur l’écran, les chiffres parlent: 27km, vitesse 13.5

Des kilomètres parcourus sans autre but que d’être brûlés comme des calories condamnés.

Affichés  sur l’écran ces signes vous disent:  Akan court,  respire, suit un rythme cardiaque identifiable, mais ne vous parlent pas de ce monde où elle vit réellement : celui  de la Photographie.

Et pourtant Akan ne mange que des amandes, du pain et  du chocolat et boit du Shiraz avec prédilection.

Jamais d’excès en matière d’ingurgitation, elle a toujours eu peur d’avaler; horreur d’avaler sa mort et sa vie dans une même déglutition et d’étouffer soudainement de n’être plus cet oiseau là qui sautille librement en évitant le chat.

Akan, l’athlète sèche comme la vigne, regarde droit devant, sans plus attendre les réponses à ses années de quête photographique.

Implacable Master photography, rien ne peut ficeler le média, Fine Art Photography, n’appartient à personne, c’est une entité absolue comme la peinture, l’écriture.

Quand on la clef, on est sauvé.

Akan accède aux jouissances  pleines du marathon et au paradis de l’écriture.

Mais jamais l’argent, jamais le pouvoir social.

La rançon de vivre son art libre,  coûte la vie.

Et çà Akan le sait quand elle monte sur l’appareil de fitness le plus populaire.

Alice Odilon. Septembre 2010.

Le Corps Signe par séquences sans traces

Evidences de traces blanches dans un jardin. Copyright Alice Odilon 1977.
L’anorexique commet un déplacement de sa signifiance.

Comme au théâtre chinois, elle déclare d’emblée son jeu.

Sa” figure blanche”, la spéculaire, figure de fil, nous annonce la couleur, maintenant dans le présent.

Elle écrit à l’encre blanche: Blancheur d’une naissance radicale”


Si elle n’a que la peau sur les os, c’est pour ne pas tricher, faire évidence, faire signe en symbolisant le dénouement du caillau.


Elle parle avec son corps plus que tout être érudit.


D’abord son corps réduit à la force du fil, devient un serpent de signes, de virgules de corps indiciblement mouvantes.

Elle jouit d’un alphabet de signes de corps, alors que si peu de temps auparavant, elle se vivait étranglée par le langage des autres.

L’anorexique, plus que toute autre, a conscience de ses gestes et de leur écriture dans l’espace.

Elle connaît sa fin et ne la craint pas, car elle est déjà dans sa faim et sa vie en même temps.

Elle se vaccine à la faim.

Elle dissèque, elle analyse les enjeux cinétiques de son corps “limite”.

Elle incarne le bord du vide.

Devenue un organisme “bouffé” par la graisse morbide annulant la forme entendue, là voilà, débarassée “de ce pieu dans le coeur qui l’empêche de courir”.

{Alain Bashung – Mes Bras.}

Cette torpeur de corps dégoûtante, elle s’en est délestée.

“Schofield was murdered in her bedroom. nsolved crime”

Schofield has this sort of typical posture of an anorexic person, rigid and unsteady in the same time, conscious of her sadness, and nearly dead, absent, ethereal, transparent with unforgettable eagle-eyed look.

Là voici de nouveau à vif, creusée, mise à jour, née de se refaire, purgée de son malaise charnel, évidée de l’inutile.



“Julie”Copyright Alice Odilon 1999.


“Relâche”. Toyen ou le danger de l’informel délibéré.


L’anorexique est tout le contraire d’une installée.

Elle est un plan coupé perdu dans un foutoir informatique.

Elle joue l’idéographie du corps.

Son être se fait oiseau, poison, ombre de verre, ombre glacée et translucide, fil rouge de sang, page tâchée de l’encre de ses veines, cachée à la fin du cahier.

Forme pleine de vide fécond, elle s’invente dans le code anorexique.



“contorsionniste filiforme”. Copyright Sophie 1330.


Acrobate, contorsionniste et funambule fatal, elle risque son corps de fil sur un autre fil sans merci.

Je repense à Valérie Valère flottant dans l’air dans le court métrage de Marion Hänsel (“Equilibres”), cet oiseau noir d’élégance indomptée.



HL Photography. A lost soul in Tel-Aviv.

Alice ODILON.

Les enjeux du signifiant/signifié

Posons la question de ce couple signifiant/signifié et de ce qu’ils font ensemble.

Le signifié est élu de manière arbitraire, entendue des membres de la communauté.

Le signifiant, lui,  est plus glauque car il peut revêtir d’autres signifiés.

On pourrait le comparer à un vêtement.

Le signifié serait le corps.

Si je replonge dans l’histoire de l’anorexique, je peux apprécier les écarts de language effectués par celle-ci.

Elle s’attaque directement au corps comme valeur étalon, normé, mesuré, médiatisé, marchandé.



“Back Bones” “Bones coat” copyright Alice Odilon 2000

Ce qu’elle fait du corps est si tabou que l’anorexique est toujours, au fond, haïe par la société.

Du corps, elle ne fait rien, tentant de le faire taire, de l’étouffer, de le tenir sous contrôle afin qu’il ne demande plus rien.

Impossible tâche, car le corps revient toujours par n’importe quelle minuscule entrée du language.

Finalement le corps est mué en spectre minéral  de façon desespérée, avec instance de se déconnecter

des sensations trop fortes de déception et de trop forte douleur.

L’anorexique dont le corps est en jachère survit au chagrin de ne pas être aimée réellement par sa mère.

L’anorexique se police elle-même par soumission au non-désir de la mère mortifère.

Elle se transforme en silhouette de carton plâtre, bouchant  l’apparition de son ancien corps avide d’amour.

L’anorexique dit: “OK, vous ne me  donnez pas d’amour, vous jugez cela indécent, répugnant,

ou vous n’y avez même pas pensé. A l’origine je vous demandais tant d’amour, je rêvais de votre amour.

Tous mes appels n’étaient que bavures immondes à vos yeux.

Je réajuste mon être afin qu’il corresponde à ce que vous avez toujours attendu de moi,

c’est à dire pas grand chose, peut-être rien,…… la mort, ou le châtiment incarné: mettre la peau du X.

De cette façon là il me reste peut-être une petite chance d’exister dans vos yeux, ou si non, et bien

vous ne vous apercevrez même pas de ma présence et je pourrais vivre dans un petit coin

à l’abri de vos humeurs.”

Pour en revenir au vêtement symbole du symptôme, de la double peau, la peau d’âne:

j’ai toujours aimé photographier des vêtements pendus  dans une pièce, contre un mur, à un fil

dans un espace vert ou dans un espace vide.

“The Dress on the window”. Copyright Alice ODILON 2008.

L’image d’un manteau suspendu à un ceintre symbolise l’empreinte du corps.

Le corps qui en réfère est absent et appartient au souvenir.

Le vêtement devient sacré.

Le sacré tue le corps.

J’ai toujours pensé que le vêtement était un corps et qu’il vivait de façon autonome du corps sensé être son signifié.

je réalise en tant qu’anorexique que le vêtement a toujours joué un rôle égal voir supérieur à mon corps.

Le signifant vêtement est devenu plus fort que le corps valeur de corps.

Dans cette petite entreprise de sape, je crois que cet écart symbolise le schéma de la psychose anorexie.

Le corps devient un porte-manteau, le corps roi n’est plus (en apparence).

Si l’on imaginait un streap tease d’une anorexique, je crois qu’elle vous donnerait en spectacle un effeuillage bien plus radical, à savoir que le corps est aussi à déshabiller quand il est nu.

Pour une anorexique le signifiant devient un signifié nouveau chassant le signifié d’origine reconnu par tous.

Elle nie les valeurs de corps, de mesure, de dosage, d’évaluation par la substitution d’autres valeurs étalon.

Ainsi, pour une anorexique,  faire en sorte de rentrer dan un jean size 2 sonne juste, alors que choisir une taille de jean en fonction du gabarit de son corps devient une hérésie une trahison de son propre self.

Le corps doit s’enfiler, se soumettre aux formes et espaces qui lui sont accordés dans les patrons de toile.

L’enveloppe signifiante devient le vêtement dans laquelle le corps devient un barbapapa asservi à la forme.

Ces valeurs nous les retrouvons dans le système de la mode, et aussi dans notre société où l’individu (signifié) se soumet aux moules des classes d’appartenances.

Ne peut-on pas dire alors que la société incite aux déviances, psychoses et mal être??

L’anorexique  a perdu les repères de son corps.

Elle perd le sens des valeurs qui l’ont animée aux temps heureux.

Maintenant elle est perdue, se conservant présente en apparence, par un self contrôle radical dans lequel le corps est prothétisé par le vêtement.

Toute cette mise en scène symbolise le terrible effondrement des valeurs de l’individu “anorexié”.

Elle dit: “je ne peux pas vivre de  la façon dont vous me le demandez”.

“Je dois m’empêcher de vous décevoir en me maintenant dans un carcan garant de mon silence et de ma bonne tenue.”

Quand une femme ne gère plus sa place dans la société, elle s’attaque à son propre corps, pour le faire taire et mettre un écran à sa douleur.

Quand une fille en Afghanistan atteind la puberté, on l’affuble de la burka, étouffant toute l’arborescence de désirs, de dons, d’échanges dont elle est porteuse.


L’anorexie c’est une forme de Burka.

Photo trouvée sur le net, illustrant la Burka.  (Le regard demeure.)


“Velvet green Coat”. Copyright Alice Odilon 2008. Tous droits réservés. No Clone is free.

Akan among the egoists

Avant Akan était l’indésirable Mistigri, la sale égoïste, et pour cela elle aurait voulu être servante 24 heures sur 24, renonçant au moindre de ses propres besoins.

Focalisée sur sa culpabilité, elle ne se rendait pas compte de l’égoïsme des autres et de leur manipulations envers elle.

S’accusant à tord de leur maux, elle fut le parfait instrument bouc émissaire et le boucémissaire des faibles: la sorcière.

Akan vit la vie s’éteindre.

Akan faisant semblant de ne pas souffrir, dominait tous les autres, attentifs à leurs seuls désirs et besoins insatiables.

Pour survivre à leur égoïsme et leur aveuglement, leurs certitudes, leurs idées claires, leurs carrières en pleine croissance, leurs voitures, leur cigarettes, leur argent,

leur vérité incontournable, leur racisme extrême,

Akan n’eut qu’un choix dans la vie: l’anorexie ou le suicide.


“La ligne de l’anorexie ou le suicide”. copyright Alice ODILON 2010.


In the past she had believed she was these only one dirty egoist, they were hunting night and day in order to salve their peaceful lifes, and for this reason she would have like to be a maidservant 24 hours a day, giving up, ignoring her own essential needs.

Focused on her guiltiness, she did not realized the selfishness of the others and their handling towards her.

Accusing herself of being a monster, the black hole, she had been the perfect scapegoat and the shield of weaks: the witch.

Akan saw the life’s death.

Akan pretending not suffering, dominated in secret everybody only caring of its selfish desires and insatiable needs.

To survive their blindness, their certainty, their clear ideas, their full growing carriers, their cars, their cigarettes, their money, their unavoidable matter of life, their extreme racism, Akan had just one choice in life: Anorexia or suicide.

The arm-hold trap

La nuit tombe bleue marine sur la ville où s’endorment Akan et la jeune fille, loin l’une de l’autre, dans un quartier opposé de la cité.

Elles ne se parlent plus maintenant.

Akan dans son lit repense à la demoiselle aux hirondelles.

Elle a peur pour elle.

C’est dans la peau de la jeune fille désormais, la peau neuve a été tatouée.

Le dessin splendide doit lui faire mal à cette heure ci.

Non parce qu’il s’agit d’une plaie, mais parce qu’il s’agit d’un terrible acte manqué à l’envers.

Il n’est cependant plus question de rature, hachure à l’encre noire.

“Le bras aux hirondelles”. copyright Alice ODILON 2010.

Pour la gamine, ce tatouage indélébile conclue son amour incontrôlé pour sa mère; pour celle-ci il s’agit d’une fantaisie, d’un message impubère.

Mais alors que c’est-il donc passé?

Quel est ce quiproco dans la peau, si douloureux et virtueusement regardable?

- J’ai voulu faire entrer les hirondelles dans mon ciel, et Akan avec, raconte la jeune fille dans son sommeil profond.

Je désirais les garder en moi, de crainte qu’elles ne s’envolent.

C’était la seule chose à laquelle je pouvais vraiment m’accrocher.

Cette pensée pour ma Mère.

Et je sentais Akan partir, vers la fin de sa vie et je l’ai retenue.

Ecrire ma mère dans ma peau représentait le pacte le plus réel de mon destin.

Sacraliser Akan c’était aussi la faire mienne pour que je puisse vivre enfin.

Toutes ces écritures à l’extérieur de moi, m’ont paniquée et se devaient d’être captées dans mon derme.

Je demande l’absolution afin que je puisse regarder l’intérieur de mon bras, sans la hantise du membre étranger.

Que ce cauchemar cesse à jamais, que ma mère ne craigne plus d’être dans ma peau.

Oh! Maman que m’as-tu fait en partant de ma vie?????

J’ai tellement eu peur pour toi, toujours.

Maman reviens moi, reste en moi, que je puisse vivre sans ta présence!

- Dans la nuit bleue marine, Akan ne peut plus dormir.

Ses longues jambes fuselées remuent lentement sous le drap.

A l’intérieur de ses bras maigres, s’endort une petite fille au bras hachuré d’oiseaux.

Son corps anorexique lui parle de la jeune femme aux hirondelles.



Alice ODILON. Copyright Alice ODILON 2010.

Navy Blue Night falls on the exile city where sleep Akan and the girl far away from each other in an opposite area of the city.

They do not talk anymore.

Akan in her bed, thinks about the swallow tattoo girl.

She is worried about her.

It’s in the skin of the girl right now. The new skin has been tattooed.

The virtuous design is certainly hurting her arm at this time.

Not because it is a wound, but because it is a terrible Lacanian backwards slip.

However, there is no question anymore of erasing, neither black ink hatching on the flesh.

For the girl, this uncontrolled indelible tattoo concludes her love for her mother.

For the the last one it is a fantasy, a message coming from someone below the age of puberty.


So what happened then?

What is this quiproco in the skin, so painful and virtuous watchable ?

- I wanted to show the swallows and  Akan in my sky, says the young girl in her deep sleep.

I wanted to keep them in me, I was so scared they flied away.

It was the only thing I could really hang on.

This memory of my Mother.

And I felt Akan leaving, towards the end of her life and I retained her.

Writing my mother in my skin was the most real covenant of my destiny.

Making Akan sakred, was although making her, mine, in order I could live finally.

I panicked, all these entries outside of me, had to be trapped in my skin.

I’m asking for absolution so that I can watch inside of my arm without the phantom pain specter of a missing limb.

Let this nightmare stops forever, let my mother no longer fears being in my skin.

Oh Mom! what have you done to my life ?????

I’m so afraid for you, always.

Mom be back to me, remains in me, then I can live without you!

- In the navy blue night, Akan can not sleep.

Her long slender legs slowly stir in the sheet.

Within her thin arms, a little girl with hatched birds on her limb, falls asleep.

Disembodied Akan dreams about the limbless baby.



Alice ODILON. Copyright 2010.




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