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La figure de style anorexique

 

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"Julie". copyright Alice ODILON 1999.

 

Parce que le Moi ne peut-être qu’une image ritualisée dans le regard de l’Autre,

il ne peut se soutenir que par l’Autre et sa reconnaissance.

Quand l’anorexique advient à son nouveau corps, elle provoque dans le regard de l’Autre

une image signe radicalement différente du passé :

- une figure nouvelle, ajustée, énigmatique et "sauvage".

 

Cette figure nouvelle résiduelle du regard de l’Autre remplace tous les discours

de négociations possibles entre le réel et l’imaginaire.

 

Cette figure spéculaire naît de l’imaginaire de l’anorexique; elle vient de la place sans reflet du regard de l’Autre.

Cette place critique fut le point de naissance où le sujet anorexique a tenté de s’émettre.

Cette image sert de rideau pour cacher le vide envahissant dont l’anorexique a dû se parer.

La mère anorexigène mortifère en a décidé ainsi du sort de sa fille: Une vie sans Moi.

 

 

 

 

Le sujet anorexique est contraint de se vêtir du masque de la spéculaire pour parvenir à "compter" parmi les autres.

Piètre béquille providentielle et assassine.

La réalité du manque d’amour dont l’anorexique est victime, finit toujours par triompher.

Les béquilles se cassent, les rideaux finissent par se déchirer.

 

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"Mother of Pearls". Copyright Alice ODILON 2007.

 

Le temps vient à bout de toutes les résistances?

Mais, selon mon expérience personnelle de toutes ces choses là,

je peux dire que l’on s’en sort toujours, vivante ou morte.

 

Anorexie: Figure de l’irréversible

J’utilise la photographie comme une analyse (beyond my  control).


(En tentant d’abandonner mon contrôle anorexique,  et sans mon Psychanalyste RB,  mon ami).


Faire une photo c’est m’allonger sur le divan et faire des associations libres.


Au début  perdre le contrôle de ma pensée était tout simplement obscène à mes yeux et je cherchais toujours un sens pur à mes associations.


Puis avec mon vécu,  j’ai saisis, comme le dit si bien Magritte, qu’une image est un moyen de description d’une pensée.


{Cette pensee inspirée unit des choses visibles de telle sorte que leur mystère soit évoqué.


Les pensées qui suggèrent le mystère ressemblent au monde car le monde est mystère}.

Cette pensée poussée par l’inconscient établit un lien entre les contraires.


ce qui donne un devenir sans référent mort.


(La relation paradoxale entre la représentation et la réalité fait disparaître la ressemblance).


Magritte se sert de la Banalité, du lieu commun pour faire visible le monde mais aussi pour révéler autre chose.


La photo est une mise en abîme des mots et des images, sans jamais tomber dans le bon sens.


{C’est d’ailleurs ce que Magritte a souhaité pour chacun de ses tableaux, l’idée étant “d’obtenir une image qui résiste à toute explication”}.


Il y a un rapport évident entre la recherche de Magritte face au langage et aux images et le stade du miroir qui fait jouer la confrontation entre le réel et la forme spéculaire et l’écart censé naître du “JE”.


Je pense que Magritte a sans cesse essayé de trouver son “Je”, refusant l’aliénation du réel traumatique (enfance endeuillée par le suicide de sa mère), et démontrer la présence du point invisible: l’inconscient, seul pays de jouissance.


Le mystère est jouissance car il ne peut être révélé.


Il y a un fort parrallèlisme entre le stade du miroir, Magritte et sa recherche, le Mythe de Persée et  la Méduse,  et l’anorexie, mise en écart entre l’image et la réalité par la maigreur convulsant l’image qu’on attend.


Comme dit Persée en décapitant la Méduse: “je n’étais pas là où tu me voyais”.


L’anorexique déjoue l’aliénation du surmoi par sa maigreur irréversible d’abord tenue secrète et non vue par l’entourage dupé par l’habit  qui cache l’anorexique. (maintenue dans le surmoi convenu).


On peut dire que le surmoi cache le moi et nie l’inconscient.


C’est quand la faucille des côtes apparentes surgit au regard de l’autre que l’anorexique tue l’autre.


Car l’anorexique est  d’abord invisible dans son mystère et soudain tend son arme fatale: l’os en forme de faucille.


“L’Arme”. 2001. copyright Alice ODILON. No clone is free.

Ainsi le vêtement étant métaphore de l’image, l’anorexique n’aura de cesse que de se cacher dans les plis ou du moins faire du large pour pouvoir vivre dans les espaces vides entre le corps  et l’étoffe.

“Supermodel Sandra Heidoff in Issey Miyake dress.2001.” copyright Alice ODILON.


Sachant que la peau est le miroir entre le dedans et le dehors, entre la forme et le magma du corps on pourrait dire que l’anorexique installe un écart  entre la peau et la chair  et un autre entre  la peau et le vêtement.



“Grand Manteau Issey Miyake”. 2001. Copyright Alice ODILON

L’anorexique recourt à cette stratégie de secours car elle ne veut pas entrer dans un langage normalisant et castrateur.

Elle veut garder ce qu’elle n’a pas et le donner à voir.


mais elle va plus loin car elle joue de la spirale de l’irréversibilité à savoir son poids s’allège chaque jour vers l’ultime infini.


Elle n’est pas dans un temps bouclé, elle est dans une hypertélie du vertige du temps.


Elle advient à l’unité d’elle-même car elle est liée au temps corporel.


{L’instant insaisissable du temps, il est un, il est vierge. C’est le un du çà, l’irréversible réel}.


Elle n’arrête pas le temps, elle se jète dans le mouvement des secondes et de son corps suractif pour apparaître ne fut ce qu’un court instant.


Le temps irréversible fait que toute chose est nouvelle à chaque fois, que tout moment est unique, « qu’il y a de l’un », comme dit Lacan.


{Le mot réel ça donne leer à le lire à l’envers, nous dit Lacan.

“Inside Out top of fur Issey Miyake”. 2001.Copyright Alice ODILON


Leer en allemand veut dire vide : le réel, le temps c’est la poussée du vide, ou, comme disent les physiciens : « le vide est une poussée ».

Mais ce n’est pas le vide creux de l’espace ordinaire qui est une poussée c’est le vide du temps qui lui est une poussée.

Dans le vide de l’espace on chute, dans celui du temps on est soulevé comme par une danse.} Guy Massat. Psychanalyste.


{“De proche en proche toute chose va commencer à manquer à sa place”.}  Claude Rabant.

Supermodel Sandra Heidoff in Tulle Dress by Issey Miyake. 2001. Copyright Alice ODILON

L’anorexie est une danse sans trace avec transparence et plis d’obscurité.
Alice ODILON. Novembre 2009.

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