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Akan’s Tower ou le monde du morcellement

Si je devais révéler des secrets sur Akan, je ne pourrais pas en dire très long quant à sa grande intimité, car en fait Akan est particulièrement transparente et complexe.

Il suffit de retrouver dans chacun de ses amis de la Tour Akanienne (symbole de l’envolée, du chemin vers le spirituel), une facette de ses multiples personnalités.

- La Main coupée “Syndra Raynaud” représente le trauma de la perte, la coupure de la vie par le vide. Elle se dit “Illusion Corporelle”.

“Syndra Raynaud” the Phantom pain. Alice Odilon. Copyrights

 

C’est aussi le fantôme de la perte, sa mémoire, son fétiche.

Elle représente une mesure draconnienne sauvant la vie du corps menaçant de pourrir.

Symboliquement, Akan y est très “attachée” car le Syndrome de Raynaud joue le rôle d’étalon de l’anorexie; on pourrait dire “signe de reconnaissance”, “un code d’appartenance” au clan des anorexiques.

 

- Blythe Somat, la poupée-Fleur est un être extraordinaire aux pouvoirs magiques et en même temps épongeuse de souffrances.

“Blythe Somat, the Flower-Doll.”Google Images

 

(Elle sert de médium entre l’enfant hémiplégique, anorexique et schyzophrène et Françoise Dolto qui parvient à communiquer avec elle en la ramenant vers la parole, et donc, l’action de se libérer.)

la Poupée-Fleur n’a pas d’yeux, mais elle a des pétales sensorielles, elle ne parle pas car elle n’a pas de bouche, mais elle souffre et crie en silence, elle a un corps de poupée, mais sa tête c’est une fleur.

{Françoise Dolto a eu l’idée de cette poupée-fleur lorsqu’elle était enfant. En réalité, elle la conçoit en 1946, au cours d’une consultation où sont venues à sa rencontre Bernadette, une petite fille anorexique de 5 ans et demi, et sa mère.

Celle-ci se plaint de ce que sa fille n’aime ni les poupées animales ni les poupées humaines.

Accablée par la haine envers elle-même qu’elle ressent chez cette petite fille profondément paranoïaque, Dolto lui propose: «Et pourquoi pas une poupée-fleur?».

Aussitôt, elle donne à la mère les indications pour la fabriquer, devant Bernadette, qui saute de joie à cette idée.

Recouverte de tissu vert, cette poupée n’a ni devant ni derrière, ni mains ni pieds, et figure la seule forme humaine, la stature droite que l’enfant peut tenir en main.

Le volume figurant la tête est juste surmonté d’une corolle blanche de marguerite.

Autrement dit, tout comme une interprétation, cette poupée a été conçue entre les différents protagonistes de la scène analytique.}

{“Le Dr Lacan a le sentiment de plus en plus vif que la poupée-fleur de Mme Dolto s’intègre dans ses recherches personnelles sur l’imago du corps propre et le stade du miroir et du corps morcelé.

Il trouve important que la poupée-fleur n’ait pas de bouche et après avoir fait remarquer qu’elle est un symbole sexuel et qu’elle masque le visage humain, il termine en disant qu’il espère apporter un jour un commentaire théorique à l’apport de Mme Dolto.”}(Intervention sur l’exposé de F.Dolto-Marette).

Elle est très proche de celui qui souffre, toujours très proche, car elle écoute, sent, ressent, et donne son corps en passage vers la vie.

 ”Akan” ou l’ébauche du Self.  Alice Odilon 1/08/2011. copyrights.

 

 

- Le timide Ragdoll “Weaky” aux yeux bleus Caraïbes, le sauveur impuissant, est le seul être masculin de l’équipe.

“Weaky the Ragdoll cat”. Alice Odilon. Copyrights 2010.

Il absorbe du regard, il parle très bas, il est comme Blythe Somat, soumis à la méchanceté des autres, mais aussi très clairvoyant et lunaire.

- La Poupée “Whouh”  au masque de loup, avec son corps de petite fille menue et tonique, vêtue de sa robe écossaise au col mousseline, et dont on ne voit jamais le visage.

Weaky and Whouh, the wolf masked doll. Alice Odilon Copyrights 2010.

On ne voit de son apparât féminin, que sa belle chevelure lourde et ondulante qui s’étale sur son dos.

Whouh est tout l’inverse de Weaky, le Ragdoll bouc émissaire, elle devient une créature offensive, protectrice, n’ayant pas froid aux yeux, toujours prête à bondir pour défendre les plus faibles.

Whouh incarne une victime masquée devenue guerrier.

Le masque de loup a un rôle de bouclier; il sert à intimider l’adversaire, et sert à cacher la vulnérabilité et l’innocence de Whouh.

 

 

- La Poupée androgyne “Isee”, maigre et nue, chauve et belle, racée aux muscles longs et secs.

“Isee”, la flamme des Jane DOE. Alice Odilon. 2011. Copyrights

 

Ce personnage là revient de l’enfer de la prostitution, de la rue, de la route en solitaire.

Elle a vu des personnes mourir dans les fossés, des femmes assassinées coupée en morceaux, elle connaît le désespoir total des suicidés, elle est la flamme des Jane et des John Doe.

“Isee” symbolise l’abandonnée, la personne oubliée, sans nom, sans toit.

- “Mova”  l’avatar marathonien, est une athlète éternelle au coeur solide, aux jambes longues et déliées, et au regard fixé vers l’avant toujours.

- Allegraka c’est la prof de vol, la figure bridge entre le sol et le ciel.

Elle twitte, tumblre, digg, wikiote, facebook, elle envoie des messages sur le web, pour parler de ses amies de la Tour, des messages sans aucun commentaires de quique ce soit, car personne ne les lit.

- Akan se trouve dans chacun de ces personnages; parfois décide, souvent se tait et laisse l’équipe prendre la bonne option, parfois disparaît dans sa chambre pendant des jours, pour dormir et s’oublier.

Tout cette merveilleuse équipe partage les heures de la vie dans la Tour Akanienne, Paradis des hirondelles, centre de traitement pour anorexiques, et immeuble gratte-ciel HLM immense aux couloirs infinis.

Puis je vous parlerai des patientes du centre de réadaptation de la Tour Akanienne…..

Dans le prochain poste………

Bonne Nuit les Petits….

PS: J’oubliais Betsy Mac Call, american paper doll, si plate, si fine, si intense, déchirable et souffrante.

 

Betsy Mac Call, the American Paper-doll. Alice Odilon.copyrights 2010.

Alice Odilon. 1/08/2011. Tous droits réservés.


If Akan becomes “object a”, she will die

Akan a buté sur une citation de Jacques Lacan, issue du Séminaire X: “L’amour consiste à offrir quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas.”

Maintenant elle s’interroge : “ai-je connu cette échange unique avec quelqu’un?”

Oui, elle l’a connu quelques secondes, dans un village de France, perdu dans le sud.

Elle venait de quitter en pleurs son analyste,  elle était désespérée, le néant l’avalait, elle ne comprenait plus sa vie.

Lui, il l’a rattrapée en bas dans la rue, en prétextant aller chercher des cigarettes au tabac, il l’a regardée quelques secondes pour l’atteindre, et elle a sentie si fort ce regard d’amour.

Elle l’a refusé sans savoir, par instinct auto-destructeur, elle s’est refermée sur elle, sur rien.

Elle savait qu’il ne pouvait pas lui donner ce qu’il donnait déjà à quelqu’un d’autre, elle le savait, elle ne pouvait que refuser de connaître cette couleur amère amoureux.

Il eût été question de passion en place de l’amour.

Et cela lui semblait trop enivrant.

(Sur cette photo c’est autre chose: Akan les a photographiés à Lisbonne/airport, lui il ne l’aimait plus, et elle demandait son amour.

Elle lui donnait tout sauf ce qu’il attendait, et lui ne voulait pas de cette demande là.)

Alors la maigre Akan se penche sur son enfance et cherche des traces d’ amour.


Akan a été la fille de Andrée , la mère affamante.

{Quand l’Autre rabat l’amour au niveau du besoin, dit Lacan, il est étouffant.}

{Quand l’Autre « confond ses soins avec le don de son amour », quand l’Autre, à la place de donner ce qu’il n’a pas – ce qui est la définition de l’amour –} ne donne que la nourriture inerte.

Quand l’Autre, donc, à la place de donner ce qu’il n’a pas «  gave Akan de la bouillie étouffante », alors Akan a refusé de satisfaire à la demande de Andrée : « Akan gavée de bouillie-leurre d’amour,  a refusé la nourriture et a joué de son refus comme d’un désir de rien, d’un rien fécond, avec une charge potentielle positive.

Elle arrache son propre coeur de son corps, pour mieux voir et vivre.

“Oculaire Cardiaque”. Copyright Alice Odilon 2009.


Akan utilise son anorexie comme son signe identificatoire,  vouant un culte au rien sacré.

Akan ne se représente pas, elle ne vit pas dans son corps, simplement dans ses yeux.

S’il fallait qu’un miroir la réfléchisse il montrerait une forme filiforme placardée d’un manteau plat sans profondeur ni intérieur.

L’image d’Akan dans le miroir est une housse en plastique,  pas grand chose d’elle-même puisque tous les vêtements vitaux sont enfermés et rendus  invisibles par le contenant à fermeture éclair.

Akan sert de  porte-manteau en os, la seule structure capable de tenir tête au mauvais oeil de la mère méduse.

L’habit ne fait pas Akan.


“Anorexie”. {“Abercombrie and Fitch” picture.}


Le manteau  spéculaire  cache le ceintre maigre et habille la douleur.

Mais Akan se cache dans bien moins encore.

Akan se cache dans son  regard, elle  incarne l’objet regard.

La césure corporelle s’effectue par les yeux.

Le regard est le lieu où Akan “tient son moi et même son corps”. { Françoise Dolto : l’enfant du miroir}.

Çà vit uniquement dans son regard.

Les yeux sont le sanctuaire de vie de Akan. Ils ne se représentent pas, ils voient.

Akan est l’objet regard dont la présence meurtrie.

Son regard tue.

Alice Odilon. 21 septembre 2010.

Akan stumbled over a quotation of Jacques Lacan, in  Seminary X: “ Love consists in giving something that other one doesn’t have to somebody else who does not want it ”.

Now she asks herself: “ did I knew this sort of unique exchange with anybody ?”

Yes, she knew it, once a time,  for some seconds, in a village of France, lost in the south.

She had there just left  her analyst, she was despaired, she didn’t understood her life anymore.

The analyst  caught her in the street below, by using as an excuse going  to buy cigarettes in tobacco, he looked at her to attain her, and she felt so very much this look of love.

She refused it without knowing how to accept what she wanted so much, by auto-destructive instinct, she closed again on her, on nothing.

She knew that he could not give her what he has already given to somebody else, she knew it, she could only refuse to know this pain of loving failure.

It would have been question of live passion instead of love.

And it seemed forbidden for them.

Then thin Akan remembers her childhood and searches traces of  love.

Akan was the daughter of Andrée, the “starvation” mother.

{When Other one pulls down love at the level of the need, says Lacan, he is oppressive}.

{When Other one « merges its care with the donation of its love », when Other one, gives dead food instead to give what he does not have – what is the definition of love– he is an abuser}.

When Other one, therefore, to give what it does not have « force-feeds Akan with the oppressive gruel », then Akan refuses to meet at the request of Andrée: « Akan force-fed with gruel – decoy of love- , refuses the food and plays her refusal as a wish of nothing, a fecund nothing, with a positive potential load.

She tears off her own heart of her body, to see better and live.


“Le temps du coeur”.Copyright Alice Odilon 2009.


Akan has in fact no identity,  only the one to be anorexic, toxicomane of the nothing.

Akan cannot be represented by herself, she doesn’t see her real self, because it’s not shown in the mirror.

If it was possible that a mirror reflects it,  it would show a spindly form posted by a superficial flat topcoat nor an inside.

Akan appears as a ghost in the mirror, she is completely picked up by this specular picture, that means her emptiness, as her weak vital inside stays invisible in the mirror.

Akan is the coat rack in bones, the only structure able of standing up to the bad eye of the killer mother.

The specular coat does not make Akan.

It  hides the thin Akan and dresses pain.

The bodily caesura is made by eyes.

“Le Marquis”. Self-portrait Alice Odilon 1984. All rights reserved.


Look is the place where Akan ” holds her self  and even her body “. {Françoise Dolto: the child of the mirror}.

Life stays only in her look.

Eyes are the shrine of life of Akan.

They’re not visible, but they see.

Akan is the object “look” of which  presence hurts.

Her eyes kill.

Alice Odilon.

September 21st, 2010.



The arm-hold trap

La nuit tombe bleue marine sur la ville où s’endorment Akan et la jeune fille, loin l’une de l’autre, dans un quartier opposé de la cité.

Elles ne se parlent plus maintenant.

Akan dans son lit repense à la demoiselle aux hirondelles.

Elle a peur pour elle.

C’est dans la peau de la jeune fille désormais, la peau neuve a été tatouée.

Le dessin splendide doit lui faire mal à cette heure ci.

Non parce qu’il s’agit d’une plaie, mais parce qu’il s’agit d’un terrible acte manqué à l’envers.

Il n’est cependant plus question de rature, hachure à l’encre noire.

“Le bras aux hirondelles”. copyright Alice ODILON 2010.

Pour la gamine, ce tatouage indélébile conclue son amour incontrôlé pour sa mère; pour celle-ci il s’agit d’une fantaisie, d’un message impubère.

Mais alors que c’est-il donc passé?

Quel est ce quiproco dans la peau, si douloureux et virtueusement regardable?

- J’ai voulu faire entrer les hirondelles dans mon ciel, et Akan avec, raconte la jeune fille dans son sommeil profond.

Je désirais les garder en moi, de crainte qu’elles ne s’envolent.

C’était la seule chose à laquelle je pouvais vraiment m’accrocher.

Cette pensée pour ma Mère.

Et je sentais Akan partir, vers la fin de sa vie et je l’ai retenue.

Ecrire ma mère dans ma peau représentait le pacte le plus réel de mon destin.

Sacraliser Akan c’était aussi la faire mienne pour que je puisse vivre enfin.

Toutes ces écritures à l’extérieur de moi, m’ont paniquée et se devaient d’être captées dans mon derme.

Je demande l’absolution afin que je puisse regarder l’intérieur de mon bras, sans la hantise du membre étranger.

Que ce cauchemar cesse à jamais, que ma mère ne craigne plus d’être dans ma peau.

Oh! Maman que m’as-tu fait en partant de ma vie?????

J’ai tellement eu peur pour toi, toujours.

Maman reviens moi, reste en moi, que je puisse vivre sans ta présence!

- Dans la nuit bleue marine, Akan ne peut plus dormir.

Ses longues jambes fuselées remuent lentement sous le drap.

A l’intérieur de ses bras maigres, s’endort une petite fille au bras hachuré d’oiseaux.

Son corps anorexique lui parle de la jeune femme aux hirondelles.



Alice ODILON. Copyright Alice ODILON 2010.

Navy Blue Night falls on the exile city where sleep Akan and the girl far away from each other in an opposite area of the city.

They do not talk anymore.

Akan in her bed, thinks about the swallow tattoo girl.

She is worried about her.

It’s in the skin of the girl right now. The new skin has been tattooed.

The virtuous design is certainly hurting her arm at this time.

Not because it is a wound, but because it is a terrible Lacanian backwards slip.

However, there is no question anymore of erasing, neither black ink hatching on the flesh.

For the girl, this uncontrolled indelible tattoo concludes her love for her mother.

For the the last one it is a fantasy, a message coming from someone below the age of puberty.


So what happened then?

What is this quiproco in the skin, so painful and virtuous watchable ?

- I wanted to show the swallows and  Akan in my sky, says the young girl in her deep sleep.

I wanted to keep them in me, I was so scared they flied away.

It was the only thing I could really hang on.

This memory of my Mother.

And I felt Akan leaving, towards the end of her life and I retained her.

Writing my mother in my skin was the most real covenant of my destiny.

Making Akan sakred, was although making her, mine, in order I could live finally.

I panicked, all these entries outside of me, had to be trapped in my skin.

I’m asking for absolution so that I can watch inside of my arm without the phantom pain specter of a missing limb.

Let this nightmare stops forever, let my mother no longer fears being in my skin.

Oh Mom! what have you done to my life ?????

I’m so afraid for you, always.

Mom be back to me, remains in me, then I can live without you!

- In the navy blue night, Akan can not sleep.

Her long slender legs slowly stir in the sheet.

Within her thin arms, a little girl with hatched birds on her limb, falls asleep.

Disembodied Akan dreams about the limbless baby.



Alice ODILON. Copyright 2010.




Anorexie: l’Effet Méduse ou le règne du miroir

Sentant la mort venir et la confusion de mon corps à force de vouloir courir et chasser le trouble, je me suis mis en tête de parler très sérieusement de cet avènement de l’anorexie du sujet.

Tout d’abord l’histoire commence avec un miroir, une petite fille en face de ce miroir, une Mère derrière, légèrement à distance tout en étant dans la même pièce que l’enfant.

La Mère est tout pour la Petite. Elle est sa matrice, son édifice, son pays, le grand Autre.

Survient le jour de la séparation par le miroir……

Fatalement, la petite fille rencontre son image dans ce miroir installé là dans la maison de la Mère.

Et c’est le choc avec le double, l’entrevue avec le “même” qui va engendrer une véritable crise identitaire chez la petite fille.

Persée (Petite Blythe anorexique) confrontée à son image habillée. Copyright Alice ODILON 2009. No clone is free.


L’agression de cette intrusion du double va engendrer la question: “Qui est cette contre façon sans gêne rentrant dans mon champ visuel et vital?”

- Ce à quoi la Mère est censée répondre: “c’est ton image, ma Chérie, simplement ton apparence, mais tu es plus que cela, tu es en grande partie cachée en ton intériorité merveilleuse.”

La petite fille  recevra l’information  aliénante à savoir que ce double c’est elle un point c’est tout.

(Où est le point invisible de l’inconscient?).

L’image du corps est donc littéralement refoulée par l’image spéculaire et devient véritablement inconsciente.

La Petite n’aura désormais plus accès à cette image interne que par l’abord d’une image externe.

{“Dès lors, l’image spéculaire (Moi idéal) servira de modèle à la constitution du Moi du sujet, consacrant définitivement la confusion entre l’autre imaginaire (le semblable, le petit autre) que le sujet sera amené à rencontrer, et le grand Autre (trésor du signifiant) qui est le véritable moteur de la structure”}.

{Cela joue pour elle comme une chape perverse qui la prive d’un recours à la parole et qui la fige dans l’image attendue d’elle}.

Ainsi la petite fille rencontre une étape douloureuse: la constatation de l’écart entre son image et son vécu intérieur, son vrai moi.

Elle n’est pas cette image que sa Mère a désigné comme étant sa fille.

Soudain naît la rivalité entre la Petite et son double asservissant.

(Les deux ne sont pas absolument symétriques et pourtant la petite fille va vivre son double dans le miroir comme l’Autre, omettant la fonction symbolique du langage, laissant vide la place de la parole dans le corps).

Sa Mère est mère de l’Image spéculaire, mais elle n’est pas la Mère de cette vie interne larvaire et non formée qui est son intime intériorité, son “être âme”.

C’est alors que la Petite se retourne vers sa Mère et lui demande encore une fois: “Maman, c’est qui là, en face de moi”?

A cet instant la Mère a tout pouvoir de rétablir l’enfant dans son unité en lui offrant son propre regard miroir aimant, et lui disant: “Tu es ma fille, c’est dit là, dans mes yeux. Le miroir n’est qu’un leurre un reflet sans mémoire ni talent.

C’est à travers notre regard échangé, ma fille, que tu adviens à toi-même et atteins ton moi unifiant.”

Dans le mythe de Persée et la Méduse se joue cette scène de la lutte contre l’aliénation de l’égo.

Persée est la petite fille.


Le Mythe de Persée. (les petites anorexiques face au regard de Méduse). copyright Alice ODILON 2009.

Méduse est la Mère aveugle au regard vide  sans amour.

Le miroir est là comme substitut à la rencontre entre la Mère et la Fille et permet à la Mère infanticide de se décharger de ses responsabilités.

Le miroir est bien utile car il installe une dualité de dépannage, quand la Mère n’est pas apte à donner son regard constructeur pour l’enfant.

La petite fille se trouve coincée face au miroir froid la ramenant à son double démuni de la vie.

Ce n’est pas son image que cherchait l’enfant, c’est la reconnaissance de sa Mère à travers son regard aimant devenant un miroir magique où l’on se construit tout en étant incomplet et en relation avec le Monde.

Le miroir froid ne permet pas la construction du moi, il offre une image unifiée non unifiante dans laquelle la Petite ne trouve rien que le vide plein.

Ce vide là c’est la fusion avec le double, l’image, l’idéal du moi.

Petite Blythe triste repêchant l’oeil noyé dans la mer des Méduses”. Copyright Alice ODILON 2009. No clone is free.

Jamais il n’est permis de vivre dans cet espace là.

La Petite en vient à ne plus avoir confiance dans ce qu’elle voit dans le miroir, car c’est très ennuyeux de n’avoir aucun moyen de changer quelque chose dans le miroir de la normalité et c’est aussi pour elle un moyen de créer un écart avec son image dans le miroir, mettre en pli un espace vacant pour son intime moi refusé par le miroir médusant.

Elle décide de ne plus manger pour voir dans le miroir l’effet que cela fait de se montrer sans chair.

Et çà colle finalement avec son fantasme; la Petite peut tour à tour vérifier son amaigrissement graduel et l’admirer dans le miroir.

La Petite devient amoureuse de ce jeu de pouvoir dans lequel contemplation des os est le substitut à la relation d’amour.

Ainsi la Mère Méduse (aveugle et sans amour) se décharge de son devoir d’illuminer sa fille par son regard d’amour clairvoyant et ainsi paralyse sa fille dans la phase “miroir/ double”.

Si dans la Mythologie, Persée parvient à  faire échouer ce scénario de pétrification c’est parce qu’il ne regarde pas la Méduse aveugle au regard paralysant et qu’il renvoie  par un miroir bouclier le reflet mort de la méduse.

Quand enfin il est tout près, il  peut la décapiter.

Pour sortir de l’anorexie il faudrait que la petite fille soit capable de se détourner du regard négatif de sa mère et  lui renvoyer par ricochet  cette terrible négativité pour enfin la surprendre et tuer ce non-amour de la mère.

Mais hélas l’issue fatale de l’anorexie se tient à l’orée de cette libération de l’image.

“Petite Blythe fuyant le reflet dans le miroir grossissant de Mère méduse”. Copyright Alice ODILON 2009. No clone is free.

La petite fille se donne à voir amaigrie, montre son idéal du moi amaigri, montre le vide dans son image, montre  quelque chose n’ayant  pas été nourri depuis le début.

Le langage est un miroir mobile et il dit le monde; il le dit de mille façons et ce miroir est mouvant, il bouge sans cesse, nous permettant de voir les choses sous différents angles et de sentir l’existence d’une multitude de vérités pour dire une chose parmi des milliers d’autres tout autant visibles sous différentes lumières.

Ainsi le langage renvoie des images vivantes.

L’avènement du langage nécessite divers point de vue pour s’installer dans l’espace, le temps.

On n’advient pas au langage tout seul.

L’Autre nous invite à le découvrir, nous stimule et nous permet de l’appréhender avec le recul et la réflexion.

Le langage est miroir mais le miroir n’est pas langage.

Le commencement du moi advient par jeu d’interactions entre le regard de l’un vers l’Autre qui renvoie vers le miroir qui renvoie vers l’Autre et l’autre.

De un nous sommes deux et de nouveau un et avec l’Autre ou sans l’Autre.

La reconnaissance dans le miroir du langage permet l’accès à soi sans l’aliénation à l’idéal du moi.

La petite fille “en devenir” anorexique rencontre dès ses premiers mois de vie des évitements et des absences de regards de la Mère  amenant  l’enfant à se confondre avec son image, à vouloir la détruire, la marquer pour que l’on puisse venir la repêcher afin de l’inaugurer dans une réalité tactile du langage d’amour.

Ainsi que l’on ne se plaigne pas de voir ces jeunes gamines anorexiques, ces femmes obsédées de finesse, montrer leur corps maigre de poupée au regard pétrifié.

elles sont le fruit de Méduse, la part gélifiée avant le langage libérateur.

“Petite Blythe pétrifiée devant sa Mère Méduse. Mais l’inconscient lui offre la voix de la masturbation”. Copyright Alice ODILON 2009.  No clone is free.

Et J’ai bien peur que le chemin ne soit pas possible en arrière.

On ne doit jamais laisser une petite fille toute seule avec un miroir muet ne reflétant que sa propre reflexion sans écho, sans la parole de l’Autre, et l’autre.

Alice ODILON. NOVEMBRE 2009.

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