Les enjeux du signifiant/signifié

Posons la question de ce couple signifiant/signifié et de ce qu’ils font ensemble.
Le signifié est élu de manière arbitraire, entendue des membres de la communauté.
Le signifiant, lui, est plus glauque car il peut revêtir d’autres signifiés.
On pourrait le comparer à un vêtement.
Le signifié serait le corps.
Si je replonge dans l’histoire de l’anorexique, je peux apprécier les écarts de language effectués par celle-ci.
Elle s’attaque directement au corps comme valeur étalon, normé, mesuré, médiatisé, marchandé.
“Back Bones” “Bones coat” copyright Alice Odilon 2000
Ce qu’elle fait du corps est si tabou que l’anorexique est toujours, au fond, haïe par la société.
Du corps, elle ne fait rien, tentant de le faire taire, de l’étouffer, de le tenir sous contrôle afin qu’il ne demande plus rien.
Impossible tâche, car le corps revient toujours par n’importe quelle minuscule entrée du language.
Finalement le corps est mué en spectre minéral de façon desespérée, avec instance de se déconnecter
des sensations trop fortes de déception et de trop forte douleur.
L’anorexique dont le corps est en jachère survit au chagrin de ne pas être aimée réellement par sa mère.
L’anorexique se police elle-même par soumission au non-désir de la mère mortifère.
Elle se transforme en silhouette de carton plâtre, bouchant l’apparition de son ancien corps avide d’amour.
L’anorexique dit: “OK, vous ne me donnez pas d’amour, vous jugez cela indécent, répugnant,
ou vous n’y avez même pas pensé. A l’origine je vous demandais tant d’amour, je rêvais de votre amour.
Tous mes appels n’étaient que bavures immondes à vos yeux.
Je réajuste mon être afin qu’il corresponde à ce que vous avez toujours attendu de moi,
c’est à dire pas grand chose, peut-être rien,…… la mort, ou le châtiment incarné: mettre la peau du X.
De cette façon là il me reste peut-être une petite chance d’exister dans vos yeux, ou si non, et bien
vous ne vous apercevrez même pas de ma présence et je pourrais vivre dans un petit coin
à l’abri de vos humeurs.”
Pour en revenir au vêtement symbole du symptôme, de la double peau, la peau d’âne:
j’ai toujours aimé photographier des vêtements pendus dans une pièce, contre un mur, à un fil
dans un espace vert ou dans un espace vide.
“The Dress on the window”. Copyright Alice ODILON 2008.
L’image d’un manteau suspendu à un ceintre symbolise l’empreinte du corps.
Le corps qui en réfère est absent et appartient au souvenir.
Le vêtement devient sacré.
Le sacré tue le corps.
J’ai toujours pensé que le vêtement était un corps et qu’il vivait de façon autonome du corps sensé être son signifié.
je réalise en tant qu’anorexique que le vêtement a toujours joué un rôle égal voir supérieur à mon corps.
Le signifant vêtement est devenu plus fort que le corps valeur de corps.
Dans cette petite entreprise de sape, je crois que cet écart symbolise le schéma de la psychose anorexie.
Le corps devient un porte-manteau, le corps roi n’est plus (en apparence).
Si l’on imaginait un streap tease d’une anorexique, je crois qu’elle vous donnerait en spectacle un effeuillage bien plus radical, à savoir que le corps est aussi à déshabiller quand il est nu.
Pour une anorexique le signifiant devient un signifié nouveau chassant le signifié d’origine reconnu par tous.
Elle nie les valeurs de corps, de mesure, de dosage, d’évaluation par la substitution d’autres valeurs étalon.
Ainsi, pour une anorexique, faire en sorte de rentrer dan un jean size 2 sonne juste, alors que choisir une taille de jean en fonction du gabarit de son corps devient une hérésie une trahison de son propre self.
Le corps doit s’enfiler, se soumettre aux formes et espaces qui lui sont accordés dans les patrons de toile.
L’enveloppe signifiante devient le vêtement dans laquelle le corps devient un barbapapa asservi à la forme.
Ces valeurs nous les retrouvons dans le système de la mode, et aussi dans notre société où l’individu (signifié) se soumet aux moules des classes d’appartenances.
Ne peut-on pas dire alors que la société incite aux déviances, psychoses et mal être??
L’anorexique a perdu les repères de son corps.
Elle perd le sens des valeurs qui l’ont animée aux temps heureux.
Maintenant elle est perdue, se conservant présente en apparence, par un self contrôle radical dans lequel le corps est prothétisé par le vêtement.
Toute cette mise en scène symbolise le terrible effondrement des valeurs de l’individu “anorexié”.
Elle dit: “je ne peux pas vivre de la façon dont vous me le demandez”.
“Je dois m’empêcher de vous décevoir en me maintenant dans un carcan garant de mon silence et de ma bonne tenue.”
Quand une femme ne gère plus sa place dans la société, elle s’attaque à son propre corps, pour le faire taire et mettre un écran à sa douleur.
Quand une fille en Afghanistan atteind la puberté, on l’affuble de la burka, étouffant toute l’arborescence de désirs, de dons, d’échanges dont elle est porteuse.
L’anorexie c’est une forme de Burka.
Photo trouvée sur le net, illustrant la Burka. (Le regard demeure.)
“Velvet green Coat”. Copyright Alice Odilon 2008. Tous droits réservés. No Clone is free.
Tags: Art against talibans, citadelle anorexique, corps/vêtement, dichotomie, self-model, signifiant/signifié













Alice ODILON
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