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Penser et crier corporellement


Le cri de l’hirondelle balaye la voix de ma Mère.

Maintenant je me souviens…… dans cette chambre d’enfant, couchée à 7 heures du soir, je me souviens du chant des martinets dans l’espace, autour de l’immeuble.




Je n’arrivais pas à dormir, il faisait encore jour, c’était l’été.

Les Martinets écrivaient dans le ciel les mots tus: ”Vis! Sauve-toi!”


- Je fus une hirondelle anorexique.

Une fillette planant dans l’air comme les femmes dans les tableaux de Chagall:échappée, allégée par le rejet de ma Mère.


Alice ODILON.

Une hirondelle en cellule

Le mardi 13 juillet 2010, Akan est descendue à la ville pour chercher les médicaments dont elle est accoutrée depuis quelques années.

Fluoxetine, Atarax, Temazepan lui servent de boulet pour la tenir en vue, en probation.

Akan les avale quotidiennement avec impuissance et crédulité, pour “aller mieux”.

Cependant le pharmacien ne trouve pas les drogues commandées et convaint notre héroïne de revenir dans 3 jours.

Déçue d’avoir été oubliée encore une fois, Akan se rend au centre commercial dans le but de se délester de son malaise en soustrayant d’un étalage un objet encore inconnu d’elle même et symbolisant le réconfort, les caresses d’une mère invisible.

- Un objet étalon de son manque et fétiche de sa victoire sur la douleur du manque.

Elle s’engage sans aucune détermination, sans énergie, avec l’envie compulsive d’être enregistrée par une caméra de surveillance capturant l’évidence de l’offense.

Peut-être aura-t’elle la chance de se faire arrêtée par la police, seule à même de noter son existence minuscule, sa trajectoire kamikaze.

Elle se sent vieille, laide, désespérément triste, finie.

Son corps maigre et trop veiné ne retient plus les regards en arrière.

Si des yeux la remarquent c’est pour juger de sa gracilité quasi cachectique.

Avant les hommes se retournaient sur son passage tant elle était jeune, racée, élégante.

Aujourd’hui, malgré la même silhouette, l’élégance innée, les gens ne la remarquent plus, car elle a vieilli et cela lui vaut d’être transparente, insignifiante.

Les hommes ne cherchent que la chair adolescente appelante, celle qui promet des délices les plus interdits.

Le visage ne compte plus dans ces rues où la survie de l’espèce passe avant tout language.


Le 13 de ce mois d’été est la veille d’anniversaire de la jeune fille au tatouage, et Akan n’arrive pas à gérer cette date, tant les liens qui l’unissent à la gamine tombent à terre dans des flaques d’eau.

Ce lien secret aurait dû aider Akan à vivre et assumer la réalité, mais il enlève toute vie, toute joie, toute paix.

L’enfant au bras tatoué l’a reniée, rayée de son vocabulaire affectif et lui fera payer le prix d’avoir été une mère anorexique photographe.

Akan ne pensait pas qu’un jour sa fille aînée la trahirait, lui reprocherait d’être une artiste et sa mère en même temps.

Aujourd’hui les rêves de pérennité et d’immortalité se sont effondrés, plus rien ne sera plus comme avant.

Akan sait désormais que son oeuvre sera oubliée.

L’hirondelle sait que tout est perdu.


Cette conviction toute fraîche donne naissance à un chagrin angoissé, venant de nulle part et s’installant comme un smog aveuglant.

Il arrive qu’une branche assassine son arbre.

“Il arrive qu’une branche assassine son arbre”. Copyright Alice ODIlON


Alors Akan entre dans un store de produits de beauté et s’empare d’un panier rouge en plastique qu’elle remplit de laits pour le corps, de masques hydratants, de crèmes de nuit, de crèmes anti-rides, de lotions anti-âge et sort du magasin avec allure et détermination, passant les portes de sécurité, en déclenchant une alarme foudroyante.

Les heures suivantes Akan est au poste de police, confrontée à des interrogatoires, des prises d’empreintes, d’ADN, des flashs de caméras, des heures en cellule vide.

L’hirondelle captive.

Pendant cet après-midi là elle s’apaise enfin dans ce nouvel enfermement la retenant au monde, lui disant, “tu existes car tu as transgressé la loi”.

Tu as été remarquée, entendue, ton cri a été entendu.

Et cette prison vaut tous les bras humains par le silence et la paix.

Son corps maigre devient vivant dans cette cellule apparemment vide et cependant pleine de cris et de colères passées, de peurs et de regrets.

Akan se rend compte de sa propre réalité humaine.

Elle admet cette prisonnière en elle.

Ses mains, ses bras longs et fins, ses genoux osseux, tout son corps devient une sculpture vivante et profonde et Akan découvre sa vérité la plus solide.

Akan feels very bad on the 13th of july 2010 in the afternoon, unable to deal with anything around her.

Her body has been suffering the last hours; the exhaustion caused by the insomnia and the lack of fluoxetine, has grown for the worse, to give birth to a dark absent mood, and endless sadness.

Akan comes down to the city to purchase drugs she has been using for a few years.

Fluoxetine, Atarax, Temazepan are prescribed to her to control her mind.

She admits them with impotence and credulity, “to getting better”.

However the pharmacist does not find the ordered drugs and convinces our heroin for returning in 3 days.

Disappointed to be forgotten once again, Akan goes to the shopping mall with an aim of relieve herself from her terrible faintness by withdrawing a displayed unknown item, symbolizing the peace, the safety, the caresses of an invisible mother.

- An object symbol of her lack and fetish of her victory over the pain of confusion – .

Akan enters in the huge commercial gallery without any determination and any energy, with the compulsive desire to be recorded by a CCTV camera capturingthe obviousness of the offend.

Perhaps will she have chance to be stopped by the police force, the only one able to notice her tiny existence, her kamikaze path.

She feels old, ugly, hopelessly sad, finished.

Her thin body does not retain any more the glances behind.

If eyes notice her it is to judge her cachectic slenderness ratio.

Before the men were turned over on her passage as she was young, racée, elegant.

Today, in spite of the same silhouette, innate elegance, people do not notice her any more, because she is mature and for them she’s worth to be transparent, unimportant.

The men seek only the appealing teenager flesh, that which promises most prohibited delights.

The face does not count any more in these streets where the survival of the species passes above all language.

The 13 of July is the day before the birthday of the young tattooed girl, and Akan does not manage this date, so much the bonds which link her to the “gamine” fall to ground in puddle pools water.

This secret bond should have helped Akan to live and assume reality, but it removes any life, any joy, any peace.

The child with the tattooed arm has disavowed her, striped her of her emotional vocabulary and will make her pay the price to have been an anorexic photographer mother.

Akan would not have thinking that one day her oldest daughter would betray her, would reproach her to be an artist and her mother at the same time.

Today dreams of immortality crumble, nothing will not be the same.

Akan knows from now on that her work will be forgotten.

This very fresh conviction gives rise to a distressed sorrow, coming from nowhere like a plugging smog.

It happens that a branch assassinates its tree.

Then Akan enters in a store of beauty products and takes a red plastic basket that she  fills of milks for the body, hydrating masks, creams of night, anti-wrinkle creams, lotions anti-age and then leaves the store without attempt to pay, passing the security doors by setting off a striking down alarm.

The following hours Akan stands at the police station, confronted with interrogations, flashes of cameras, hours in blank cell.

During this afternoon she finally finds relieve in this new retreat into silence retaining her far from the world, telling her, “you exist because you transgressed the law”.

You have been noticed, heard, your scream has been heard.

And this jail is worth all the human arms by silence and peace.

Her thin body becomes alive in this apparently empty cell and however full with cries and passed angers, fear and regrets.

Akan realizes her own human reality.

She admits this captive inside her.

Her hands, her long and fine arms, her bony knees, all her body becomes a human sculpture and Akan discovers her main genuine truth.

Ce que cherche Akan



Pour savoir comment Akan arrive à la ville Exil, regardez les battements de son corps, son allure saccadée.

Affaiblie, elle retrouve l’élan anorexique de sa vie, tout son impossible combat pour atteindre la Figure A.

Marcher pour elle, c’est se délivrer du corps, s’oublier dans les pas, les ondulations du bassin, les notes brèves des petits talons frôlant le trottoir.

Avancer lui donne l’illusion d’exister pour un peu.


“L’apparence d’une Figure A.” copyright Alice ODILON 2010


Il semble évident que pour rencontrer la Figure A, cette terrible vérité,

Akan doit aller vers quelque chose, s’élancer vers autre chose.

Des parcours pour atteindre la ville, Akan en a fait des milliers, attendant le pire à chaque tournant de rue, la fulgurance d’une silhouette A, ou l’ennui assommant de ne rencontrer que la neutralité des gens invisibles.

Akan porte une robe de fille de 14 ans parfaitement ajustée.

Taille 34, c’est la taille, jamais plus.

Il faudrait un échange entre Akan et quelqu’un, de bien ou de second plan, mais un contact serait la première chose indispensable pour briser la glace de ce couloir de

solitude.


“Akan dans le couloir vers la ville.” Copyright Alice ODILON 2010.



Soudain Akan ressent la présence d’une femme à ses côtés, une personne d’un certain âge, maigre aux bras veinés, et tortueuse comme la vigne noire des vieux coteaux.

- Bonjour, dit la femme, vous semblez hésiter à continuer sur cette rue, mais vous êtes sur la bonne, si je le devine, c’est bien la direction du Centre;

là où la foule se multiplie.

- C’est que je ne suis pas sûre de vouloir me perdre au milieu de ces gens.

Je cherche quelqu’un, je ne suis pas vraiment sûre de la trouver là-bas.

- Ah oui, non mais cela dépend du genre de personne que vous recherchez, ma Demoiselle.

- C’est une femme, je ne sais pas son âge, elle est très fière et s’est enfuie, je ne sais pas si elle est douce, encore moins son nom.

Je l’appèle “A-Figure” pour être plus simple, et rapporter les éléments qui la concernent, bien que j’en ai très peu réunis jusqu’à aujourd’hui.

Cela dure déjà depuis une trentaine d’année, cette recherche; j’ai écrit dans de nombreux établissements spécialisés, j’ai passé des annonces dans des journaux parisiens, mais je n’ai fait que perdre pratiquement mon temps et ma force.

- 30 ans? mais vous n’en avez que 20 et des poussières, comment pouvez-vous espérer que je vous crois?

- C’est pourtant ce que je pense avoir fait: chercher pendant des années cette Figure impossible, disposant de la lame; la forme annulant l’âge des humains, leurs plans, leurs calculs et leur idée du sexe et du bonheur.

- Cette créature là, vous la trouverez, mais pas tout de suite, ou peut-être dans quelques jours.

Je devine un peu qui elle est; le problème c’est que les gens en parlent sans savoir, la disent terriblement dangereuse, et intouchable.

“Il faut la craindre.” disent-ils ne pas penser qu’elle est viable, sa minceur est impossible, ses bras sont si fins, comment le sang pourrait-il y circuler? et la chair, les muscles et toutes ces choses que l’on attend de la chair?

Ce qui est convenu d’attendre et de prendre de cette personne.

Non, définitivement, les gens ne vous en diront rien, ou alors vous lanceront des airs de dégôut, de peur.

La vie pour eux ce sont les besoins d’abord avant toute initiation au goût de vivre.

- Je crois entrevoir votre point de vue, Madame, cependant je suis déterminée à lui parler et la photographier.

C’est très important pour moi, vous comprenez, c’est ma raison d’être ici, je ne vois pas d’autre raison, le reste m’échappe, il n’y a rien, rien d’autre.

J’en suis d’ailleurs bien confuse, car j’aurais pensé que la vie m’aurait donnée de nombreuses hypothèses à élucider.

Mais en fait ce que je cherche bêtement c’est de voir l’Icône A-Figure, cette forme vivante du compromis Corporel.

Le Self-Model, la Modèle-Théorie, celle par qui je trouverai le bon miroir.

- Dans cette quête là, ma petite, il vous faudra observer, et vous taire.

Les mots ne viendront qu’après, il faudra vous taire, presque toujours.

Et la femme sèche au corps grisé d’alcool, et de sang noir, traversa la rue et lui dit au revoir du regard.

Un regard turquoise et vert, comme le verre des bouteilles de vin.


Alice ODILON. 26th of june 2010.


To know how Akan arrives in the “Banishment City”, look at her heavy breathing,

her jerky gait.

Weakened, she gets the anorexic impulse of her life, all of her impossible struggle

to attain the A-Figure.

For her, walking is to get rid of her body, to forget herself in the rhythm of her steps,

the movement of her hips, the click-clack  of her little heels brushing the sidewalk.

To advance gives her the illusion of existing for a short while.


It seems obvious that to meet the A-Figure, this terrible truth,

Akan needs to move towards some goal,

to throw herself towards something else.

Akan has taken thousands of different routes to reach the town,

anticipating the worst at every corner, to see a fleeting glimpse of a A-silhouette,

or to be incredibly bored by only meeting the neutrality of invisible people.

Akan is wearing a size 6 dress perfectly adjusted. Size 34, this is the size,

never more.

She needs to have a contact with someone, whatever their circumstances,

but a contact is the first essential step to breaking the ice of this long solitary

corridor of loneliness.

Suddenly the young girl feels the presence of a woman beside her, an older person,

thin with the veins of her arms showing twisted like an old vine on the slopes.

- Good morning, says the woman, you appear to be hesitating about continuing

on this road, but it is the right direction, yes I guessed, it’s the way to

the Shopping Centre; where there are crowds.

- It’s just that I’m not sure that I want to get lost in all those people.

I’m looking for someone and I’m not really certain that I’ll find her there.

- Ah yes, but then that depends upon the person you’re looking for.

- It’s a woman, I don’t know her age, she’s proud and absent, she has rejected

rescue and she’s runaway.

I don’t know if she is friendly or not, I don’t even know her name.

I simply call her “A-Figure”, and add certain facts concerning her,

although I haven’t got that many so far. This search has been going on for

around 30 years; I’ve written to numerous specialist establishments,

I’ve advertised in Parisian newspapers, but I have only wasted my time and my energy.

- 30 years old? You look barely older than 20, how can you expect me or

even hope that I’ll believe you?

- Nevertheless it’s what I believe I’ve done: spent years looking

for this impossible Figure, with an internal strength, a shape cancelling out

human age, plans, calculations and also their idea of sex and happiness.

- This creature that you describe you’ll find her, not immediately,

but perhaps in several days.

I can imagine her but the problem is that people talk of her in their

ignorance as though she is terribly dangerous and untouchable.

“You must be afraid of her” they say, thinking that she’s condemned

being so thin, her arms being like match-sticks, how can her blood circulate?

And her flesh, muscles and everything else that one expects of flesh?

No, really, people won’t tell you anything or will look at you with

disgust or fear.

Life for them is their bodily need before any initiation into the pleasures of living.

- I think I see your point of view, Madame, however I am determined to talk

to her and photograph her. It’s very important for me, you understand,

it’s my reason for being here, I don’t see any other reason, all the rest escapes me,

there is nothing, nothing else.

In any event I am totally confused as I would have thought that life would

have given me other ideas to elucidate.

However in fact all that I want to do is see this iconic A-Figure,

this form living in a bodily compromise.

The Self-Model, the Theoretical-Model through which I’ll find the right reflection.

- To realise your quest, my dear, you will have to observe and keep your silence.

The words will come afterwards, you need to be nearly always silent.

On that the dry little woman, with her drunk body and dark blood,

crossed the road and by a glance said good bye. A turquoise and green glance,

like the glass of wine bottles.

Alice ODILON. Copyright 29/6/2010

Anorexic photographer doesn’t find her super model

Dans les rues de cette ville à moitié vraie, Akan se met à chercher un super model pour son travail photographique.

Dans son sac, elle garde sa caméra et ses cartes de visites, au cas où, peut-être, par malheur ou par chance, elle découvre cette figure ambivalente dans un couloir du centre commercial, ou dans un des super-marchés plein de grosses vies laides.

Cette “A-figure” peut apparaître à tout moment, immobilisant le temps, raflant l’espace qui l’englobe, clarifiant la lumière d’un jet de blanc d’épée, asséré, vif et raide.



“Akan dans la Ville.” Copyright Alice ODILON 2010

Les choses physiques n’existent plus alors.

Un seul déplacement naît de la lourdeur des autres corps vides de sens, la Figure “A” surgit en silence, en un éclair de seconde, et c’est déjà fini, elle peut s’éloigner aussi vite, ne rien laisser d’elle au sein de la foule des gros morts.

Il faudra la traquer, l’attendre, l’imaginer, attendre des heures dans les galeries du Centre marchand, quand elle viendra, – si elle vient – il faudra l’interpeler doucement, sans l’effrayer, et alors peut-être Akan aura la chance de l’entendre lui répondre.


“Akan à l’entrée du tunnel”. Copyright Alice ODILON. 2010

Il faudra que cela arrive.

L’indice génétique de cette Figure A présente un  phénotype “Bodily X metaphor of anorexia” issu d’un génotype ordinaire sur lequel, l’environnement aura un impact d’acier.

Quel monde terne! Sans la venue de “A-Figure”, Akan photographe, perd son regard dans le temps, perd son temps, perce le vide.

Ce vide, elle voudrait en faire quelque chose de fort.


Akan started to look for a super model for her photographic work in the streets of this half real town.

In her bag she kept her camera and her visiting cards in case, just in case by good or bad luck she came across this ambivalent figure in a corridor in the shopping centre or in one of the super-markets full of large, ugly lives.

This ‘A-figure’ could appear at any moment, stopping time, absorbing the space surrounding her, clarifying the light as a flash of white from a sword, sharp, rapid and firm.

Physicality no longer existing.

Only one movement comes out of the obese masses empty of any sense, the figure “A” emerges in silence, in a split second, and it’s already over, she disappears just as fast leaving no trace of her passage in the crowd of gross living dead.

She has to be stalked, waited for, imagined for hours on end in the corridors of the Shopping Centre.

When she comes – if she does – she has to approached gently without frightening her and then, perhaps, Akan will hear her reply.

This had to happen.

The genetic index of this Figure A has a phenotype “Bodily X metaphor of anorexia” resulting from an ordinary genotype on which the environment has had an immense impact.

What a dull world! Without « A-Figure’s » arrival the photographer Akan remains unfocused in space, wastes his time, staring into a void.

This void, she would like to create something strong from it.

Alice ODILON. 14 juin 2010.

Epluchures


“Les petites robes en pierre”. Copyright Alice ODILON 1978.

En 50 ans, les épluchures se jètent dans les poubelles; d’abord en petits tâs dispersés, éloignés les uns des autres, puis devenus des monceaux de restes, des montagnes de peaux impossibles.

Des périodes de crise engendrent des collections effreinées dans la vie de Akan: des hommes, des chaussures, des robes, des manteaux, des vestes, des montres, des rendez-vous manqués, des négatifs perdus, des appareils photos aussitôt revendus, des chiens adoptés sitôt abandonnés, des attentes par millier, jamais exaucées.

“Les vêtements noirs”. 1977. Copyright Alice ODILON

Akan vieillit de plus en plus et jète de plus en plus de choses.

Il s’en est fallu de peu.

Akan est avant la mort, mais certainement jamais cette image de gloire dont elle rêve toute sa vie.

Tout ce temps passe si longuement, il n’en reste rien que deux enfants, rien d’autre.

Dans le passé, la foi en  sa diversion creuse  des tranchées glissantes dans sa vie hésitante.

Et là maintenant il faut admettre, que ces années de réflexion, de réclusion, de différenciation n’aboutissent à rien.

Le principe d’épluchure semble finalement déterminer sa vie.

Accumuler les pertes, perdre les histoires, en tas de copeaux de peaux.

Différentes villes, différents noms de rue, différentes adresses, et toujours la même quête: qu’il ne reste rien que du commencement souvent déjà fini.

Akan est ce qui ne sera pas………/………

(à suivre…)

24/04/2010

Copyright Alice ODILON

“La Housse aux oiseaux”. 1977. Copyright Alice ODILON


Peelings


In 50 years peelings will throw themselves in some dustbins; initially episodically then accelerating exponentially as time passes.

It goes without saying that periods of crisis brought about a frenzy of collecting in the life of Akan:

men, shoes, dresses, coats, jackets, watches, missed meetings, lost negatives, cameras immediately sold, adopted dogs abandoned instantly, thousands of expectations never realized.

It is a close run thing.

She could be the woman which she had been sure that she was, would be, before her death and even after in unread books.

All this time went so slowly and there only remain two children, nothing else.

In the past the basis of her diversion had gouged deep and wide in her faltering self.

And now she has to accept everything, that these years of reflection, no rescued life of difference, only produce wrinkles, an intelligent tiredness and reconciliation of a fifty year old woman.

Her daughters are gone now since a long time.

What’s left is the delicious memory of their beautiful faces and their bird-like chatter.

The principle of peelings seems finally to have determined her life.

Accumulating losses, losing out on everything, – a pile of pieces of peelings.-

Different towns, different street names, different addresses, and always the same quest:

that there only remains a new start that is often already ended.

Akan is what she won’t be…….

Alice Odilon Copyright 2010.

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