Pour savoir comment Akan arrive à la ville Exil, regardez les battements de son corps, son allure saccadée.
Affaiblie, elle retrouve l’élan anorexique de sa vie, tout son impossible combat pour atteindre la Figure A.
Marcher pour elle, c’est se délivrer du corps, s’oublier dans les pas, les ondulations du bassin, les notes brèves des petits talons frôlant le trottoir.
Avancer lui donne l’illusion d’exister pour un peu.
“L’apparence d’une Figure A.” copyright Alice ODILON 2010
Il semble évident que pour rencontrer la Figure A, cette terrible vérité,
Akan doit aller vers quelque chose, s’élancer vers autre chose.
Des parcours pour atteindre la ville, Akan en a fait des milliers, attendant le pire à chaque tournant de rue, la fulgurance d’une silhouette A, ou l’ennui assommant de ne rencontrer que la neutralité des gens invisibles.
Akan porte une robe de fille de 14 ans parfaitement ajustée.
Taille 34, c’est la taille, jamais plus.
Il faudrait un échange entre Akan et quelqu’un, de bien ou de second plan, mais un contact serait la première chose indispensable pour briser la glace de ce couloir de
solitude.
“Akan dans le couloir vers la ville.” Copyright Alice ODILON 2010.
Soudain Akan ressent la présence d’une femme à ses côtés, une personne d’un certain âge, maigre aux bras veinés, et tortueuse comme la vigne noire des vieux coteaux.
- Bonjour, dit la femme, vous semblez hésiter à continuer sur cette rue, mais vous êtes sur la bonne, si je le devine, c’est bien la direction du Centre;
là où la foule se multiplie.
- C’est que je ne suis pas sûre de vouloir me perdre au milieu de ces gens.
Je cherche quelqu’un, je ne suis pas vraiment sûre de la trouver là-bas.
- Ah oui, non mais cela dépend du genre de personne que vous recherchez, ma Demoiselle.
- C’est une femme, je ne sais pas son âge, elle est très fière et s’est enfuie, je ne sais pas si elle est douce, encore moins son nom.
Je l’appèle “A-Figure” pour être plus simple, et rapporter les éléments qui la concernent, bien que j’en ai très peu réunis jusqu’à aujourd’hui.
Cela dure déjà depuis une trentaine d’année, cette recherche; j’ai écrit dans de nombreux établissements spécialisés, j’ai passé des annonces dans des journaux parisiens, mais je n’ai fait que perdre pratiquement mon temps et ma force.
- 30 ans? mais vous n’en avez que 20 et des poussières, comment pouvez-vous espérer que je vous crois?
- C’est pourtant ce que je pense avoir fait: chercher pendant des années cette Figure impossible, disposant de la lame; la forme annulant l’âge des humains, leurs plans, leurs calculs et leur idée du sexe et du bonheur.
- Cette créature là, vous la trouverez, mais pas tout de suite, ou peut-être dans quelques jours.
Je devine un peu qui elle est; le problème c’est que les gens en parlent sans savoir, la disent terriblement dangereuse, et intouchable.
“Il faut la craindre.” disent-ils ne pas penser qu’elle est viable, sa minceur est impossible, ses bras sont si fins, comment le sang pourrait-il y circuler? et la chair, les muscles et toutes ces choses que l’on attend de la chair?
Ce qui est convenu d’attendre et de prendre de cette personne.
Non, définitivement, les gens ne vous en diront rien, ou alors vous lanceront des airs de dégôut, de peur.
La vie pour eux ce sont les besoins d’abord avant toute initiation au goût de vivre.
- Je crois entrevoir votre point de vue, Madame, cependant je suis déterminée à lui parler et la photographier.
C’est très important pour moi, vous comprenez, c’est ma raison d’être ici, je ne vois pas d’autre raison, le reste m’échappe, il n’y a rien, rien d’autre.
J’en suis d’ailleurs bien confuse, car j’aurais pensé que la vie m’aurait donnée de nombreuses hypothèses à élucider.
Mais en fait ce que je cherche bêtement c’est de voir l’Icône A-Figure, cette forme vivante du compromis Corporel.
Le Self-Model, la Modèle-Théorie, celle par qui je trouverai le bon miroir.
- Dans cette quête là, ma petite, il vous faudra observer, et vous taire.
Les mots ne viendront qu’après, il faudra vous taire, presque toujours.
Et la femme sèche au corps grisé d’alcool, et de sang noir, traversa la rue et lui dit au revoir du regard.
Un regard turquoise et vert, comme le verre des bouteilles de vin.
Alice ODILON. 26th of june 2010.
To know how Akan arrives in the “Banishment City”, look at her heavy breathing,
her jerky gait.
Weakened, she gets the anorexic impulse of her life, all of her impossible struggle
to attain the A-Figure.
For her, walking is to get rid of her body, to forget herself in the rhythm of her steps,
the movement of her hips, the click-clack of her little heels brushing the sidewalk.
To advance gives her the illusion of existing for a short while.
It seems obvious that to meet the A-Figure, this terrible truth,
Akan needs to move towards some goal,
to throw herself towards something else.
Akan has taken thousands of different routes to reach the town,
anticipating the worst at every corner, to see a fleeting glimpse of a A-silhouette,
or to be incredibly bored by only meeting the neutrality of invisible people.
Akan is wearing a size 6 dress perfectly adjusted. Size 34, this is the size,
never more.
She needs to have a contact with someone, whatever their circumstances,
but a contact is the first essential step to breaking the ice of this long solitary
corridor of loneliness.
Suddenly the young girl feels the presence of a woman beside her, an older person,
thin with the veins of her arms showing twisted like an old vine on the slopes.
- Good morning, says the woman, you appear to be hesitating about continuing
on this road, but it is the right direction, yes I guessed, it’s the way to
the Shopping Centre; where there are crowds.
- It’s just that I’m not sure that I want to get lost in all those people.
I’m looking for someone and I’m not really certain that I’ll find her there.
- Ah yes, but then that depends upon the person you’re looking for.
- It’s a woman, I don’t know her age, she’s proud and absent, she has rejected
rescue and she’s runaway.
I don’t know if she is friendly or not, I don’t even know her name.
I simply call her “A-Figure”, and add certain facts concerning her,
although I haven’t got that many so far. This search has been going on for
around 30 years; I’ve written to numerous specialist establishments,
I’ve advertised in Parisian newspapers, but I have only wasted my time and my energy.
- 30 years old? You look barely older than 20, how can you expect me or
even hope that I’ll believe you?
- Nevertheless it’s what I believe I’ve done: spent years looking
for this impossible Figure, with an internal strength, a shape cancelling out
human age, plans, calculations and also their idea of sex and happiness.
- This creature that you describe you’ll find her, not immediately,
but perhaps in several days.
I can imagine her but the problem is that people talk of her in their
ignorance as though she is terribly dangerous and untouchable.
“You must be afraid of her” they say, thinking that she’s condemned
being so thin, her arms being like match-sticks, how can her blood circulate?
And her flesh, muscles and everything else that one expects of flesh?
No, really, people won’t tell you anything or will look at you with
disgust or fear.
Life for them is their bodily need before any initiation into the pleasures of living.
- I think I see your point of view, Madame, however I am determined to talk
to her and photograph her. It’s very important for me, you understand,
it’s my reason for being here, I don’t see any other reason, all the rest escapes me,
there is nothing, nothing else.
In any event I am totally confused as I would have thought that life would
have given me other ideas to elucidate.
However in fact all that I want to do is see this iconic A-Figure,
this form living in a bodily compromise.
The Self-Model, the Theoretical-Model through which I’ll find the right reflection.
- To realise your quest, my dear, you will have to observe and keep your silence.
The words will come afterwards, you need to be nearly always silent.
On that the dry little woman, with her drunk body and dark blood,
crossed the road and by a glance said good bye. A turquoise and green glance,
like the glass of wine bottles.
Alice ODILON. Copyright 29/6/2010







Alice ODILON
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