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Le Velours, le lointain et la maigreur

Les éléments essentiels de mon jeu “visuel anorexique” demeurent:

La passion du Velours, la fascination pour le lointain étheré bleuté dans les tableaux de la Renaissance ou la Peinture Chinoise, et la maigreur encadrée par les passementeries de soie de chez Leclerq.

 

“Portrait of a Woman”. Lucas Cranach, the Younger.

 

Le velours pour combler le manque du corps, m’envôuter dans ses plis et ses moires, ses lumières divines, envelopper de support moelleux tous les angles qui font mal, les ondes de choc potentiel de mes mouvements maladroits.

Derrière l’étoffe s’étend le corps perlé resplendissant de nacre avec ses seins purs et ses lignes pâles.

 

“Lucrecia”. Lucas Cranach, The Elder.


C’est un velours rouge vermillon, souvent, parfois les verts émeraudes, les bleus cobalt et les oranges insolents, s’étalent en décor sacré.

La maigreur blanche du corps caché, trouve son sens dans l’apaisement des velours.

Les côtes saillantes ombrées par la lumière du jour, attendent leur pair de plis voluptueux.

Les creux du ventre plat jouent la scène du grand vide au rideaux rouge de l’Opéra Garnier.

Articulations et longueur des jambes devraient être montrées tant elles sont fines et délicates, mais non, le drapé des vagues veloutées les couvrent et les découvrent dans des ondulations soyeuses.

Conjointement, s’ouvre la fenêtre vers l’horizon bleuté, auréolé de nacre et des ors de Uccello.

Cet horizon nous fait atttendre la flamme hors cadre, celle du soir ou de l’aurore, celle qui apaise et permet la liberté.

La donne de la Maigreur dans le tableau, joue le rôle d’anamorphose, le rappel à la mortalité et le rêve de l’orgueil des os.


“Ogive, Poupée Corporelle”. Alice Odilon Copyright 2010

 

Et pourtant les os disent la vérité, malgré leur arrogance.

Alice Odilon. 16/04/2011

Anorexie métaphore de Peau d’âme

Fairy Godmother, Marraine  de la Princesse refusant d’épouser son Père, le Roi, conseille à celle-ci de revêtir la peau de l’Âne pour se déguiser et se cacher dans la forêt, abritée dans une ferme misérable.

{La fée marraine de l’enfant, va dissiper tout malentendu en apprenant à la princesse à ne plus confondre les amours : on aime ses parents mais on ne les épouse pas !

{La salissure ressentie par l’enfant est ici matérialisée par la peau d’âne, vêtement répugnant qu’elle choisit de porter et qui lui vaut son surnom – on ne connaît pas à cet égard son véritable prénom.

Par la suite, elle devient souillon et s’engage dans une ferme.} Wikipédia.

Comme dans Cendrillon, l’identité de la princesse sera révélée par une séance d’essayage : celle d’une bague, convenant au doigt le plus fin (pantoufle de verre au pied le plus fin dans Cendrillon), signe de jeunesse, de beauté et de pureté.




Peau d’Âne. Image issue du film de Jacques DEMY.

Grâce à cette sale peau,  la Princesse évite la mort symbolique de l’Inceste.

Cette peau est le “disembodiment”, “the lack of the body”, “the bodily self-model”.

Cette peau empêche de penser et de sentir “à la première personne”.

Grâce à la peau morte du X, l’anorexique évite la mort de l’indifférenciation fusionnelle avec la Mère, avec le groupe familial enlisé dans la psychose de l’inommé, de l’interdit, de la honte.

Cette peau d’âme est “the disembodied soul”, ou plus clairement le self-model rayant  l’accès au corps vécu et vivant.

A l’origine la princesse anorexique était “une” avec ses émotions, ses actions, son language, son cerveau, son corps.

Elle ne s’était même  pas posé la question de sa division et de sa mort symbolique dans la scission du self et du corps.

Mais un jour est venu, où la petite princesse a vu son corps allié intime (le Corps est le premier lieu des expériences de la vie, et donc des émotions), être emparé, paré, figé, aligné  par le groupe social.

Elle a faillit en perdre son âme, tant l’emprise serrait fort.

Elle s’est donc contrainte à se déguiser d’une peau terrible issue de la mort, d’un non-retour, la seule que la communauté a concédée à lui accorder.

Cette peau est la peau de la victime, du bouc émissaire, c’est une peau qui imite la Mort.

C’est la peau morte de l’Innocent bienfaiteur qui donnait tout en recevant rien, sacrifié pour sa valeur inestimable.

“Méfie-toi, car c’est ce que tu as de meilleur”.

Ainsi la Princesse peut échapper symboliquement au groupe hégémonique du même.

C’est cet objet transitionel issu d’un sacrifice accordé en guise de compensation envers l’anorexique, qui sauvera la vraie peau de celle-ci.

Cette “peau de chagrin” joue le rôle de pare-feu entre l’anorexique et la loi hégémonique du même exercé par le clan des pairs.

L’anorexique se rend souillon, abîmée, déguisée sous cette peau mâcabre.

Revêtir cette peau contraint la Princesse à taire son âme rebelle et étouffer son vrai corps sali dont elle a honte.

La Peau d’Âme enveloppe la princesse anorexique dans sa citadelle masquée.

C’est l’anorexie qui se joue alors avec un corps émacié, réduit à la membrane, un esprit vivant qui se tait désormais pour ne plus dire que des choses raisonnées et non plus ressenties.

(Logorrhée à défaut de ménorrhée).

La figure anorexique devient cet X limité, limitant du corps et de l’âme.

Ce qui reste de la Princesse est désormais couvert par la Peau d’anorexie-âme-âne.

C’est une peau d’écriture mais une peau qui interdit le contact direct avec les sens.

L’anorexique est alors au coeur de sa maladie extrême et le danger de mort est réel.

Deux issues sont possibles: Soit la Princesse anorexique, ou l’anorexique princesse, parvient à se faire dispenser de la loi du même,

puis décide d’enlever sa dépouille pour vivre dans sa vraie peau, sa peau “propre”, et là, elle retrouve les deux parts d’elle même, son âme et son corps réunis dans une certaine harmonie élaborée grâce à un travail de thérapie analytique et un travail de vécu personnel de la connaissance et des sentiments.

Soit elle devient Peau d’Âne et meurt dans cette peau de Mort.

Alice ODILON. Juillet  2009.

Akan choisit d’être une forme parfaite

 

Akan choisit d'être une forme parfaite divorcée de l'ombre des enjeux du réel.

Une forme niant le temps, la faim, la haine, la parole, l'écoute.

Cette forme vient par impossibilité de rentrer dans le champ de la vie "active".

Le non-profit de son oeuvre acharnée de photographe oblige Akan à réussir

sa stratégie de décomplitude

dans l'allure scopique qu'elle se donne.

 

"Sea-star doll/ a scopic tyle." copyright Alice ODILON 2010


N'ayant pas le pouvoir d'être reconnue par son travail Herculéen,

elle trouve l'issue d'être une forme dynamique sorte de mustang "hot horse."

Le choix d'une vie ascétique d'athlète, cache la dépression d'être invisible,

pas vue.

Cette façon d'être au monde permet de survivre à l'invisibilité sociale,

physique, sexuelle.

 

"Les corps reflètent les relations sociales qui sont injustes et déformées."

Accepter le rejet du monde de l'Art, son berceau de descendance, déformerait Akan, au sens propre du terme.

Cette déformation humaine de Akan reste tout simplement impossible car porte atteinte à l'image cristallisée

d'après laquelle elle s'est faite, pour durer, endosser les altérations, les blocs de haine, les grands chagrins.

Se dilater, c'est se désintégrer, c'est se morceler, mourir dans un fracas épouvantable.

Alors ballader cette forme aiguisée de minceur, aux yeux de tous, maintient la force A, la force akanienne.

Les restes laissés par Akan se résume à une importante garde-robe, riche de milles tenues pour femme maigre, taille 34.

Akan stocke ces peaux inutilisées, oubliées, rangées, antimitées, car peut-être un jour

la voix s'ouvrira de nouveau au grand défilé de ses panoplies victorieuses.

La forme effilée du corps féminin, incarnée par Akan chante la désinvolture de la conscience.

Perdre la gloire, perdre la visibilité se vit sublimée dans une façon anorectique d'être au monde.

Vieillir n'est pas jouer car maigrir est plus fort.

Entretenir à l'anti-mite cette garde robe c'est croire encore au succès possible d'une vie mondaine. 

Toute une vie sporadique endormie dans des linges et ourlets, coutures et doublures,

disponibles au corps anorexique de Akan.

Une chose est restée constante: l'élégance, l'habit anorexique.

 

Deux enfants, elle a deux filles: Ismene et Poppey.

Son Mari, Sol, vit avec elle dans une grande sérénité et entretient cette paix si chère à Akan.

 

Après deux vies de couple totalement ratées, elle se trouve bien avec ce troisième homme,

brillant, secret, fragile

et plus âgé qu'elle, ce qui lui donne le sentiment d'être une petite fille avec lui.

Au niveau financier c'est le vide total: son oeuvre n'intéresse que les gens attirés

par l'anorexie; les Galeries parisiennes et new-yorkaises, lui ont désormais fermée la porte au nez

en faveur de jeunes talents frais à boire et à jeter.

 

Sol amène l'argent du foyer.

Il travaille en temps que cadre dans une charité bien installée.

Leur appartement de 75 m2 se trouve dans un quartier calme de la ville,

une zone populaire sans richesse ni misère.

De toutes leurs histoires ils n'ont gardé que deux fauteuils carrés: Marquises Jacob,

tapissées de soies turquoise aux motifs de Tassinari et Châtel,

et une vingtaine de lampes en Porcelaine 1800, aux Abat-jours Jupons,

richement décorés de Passementeries Declercq.

 

Il est resté toute la substantifique existence de Akan et Sol dans cet appartement modeste.

Les rêves sont restés, la mode, le cinéma, les livres, Bonnard, Schiele, Klimt, Elie Faure, Soutine, Kafka,

Rachmaninov sont restés intensément vivants sans jamais faiblir.

 

Alice Odilon. 1er Août 2010. Copyright AO.

 

 

Akan chooses to be a perfect form divorced from the shadow of reality.

A form denying time, hunger, hate, conventional language, conventional listening.

This form comes by impossibility of returning to the field of the "active" life.

The financial difficulties of being a photographer obliges Akan to succeed in her strategy of anorexia.

Her Herculean work not being recognized by the Art world, she finds her way out

in being a dynamic bodily metaphor of anorexia.

The choice to live an ascetic athletic life, hides the depression to be invisible, unnoticed.

This sort of lifestyle makes her survival possible in a social, physical, sexual invisibility.

" The bodies reflect the social relationships which are unjust and distorted."

Admitting to be an outsider in Art World, (her pure cradle) would deform Akan, kill her.

This human distortion of Akan remains quite simply impossible because it damages the self model,

which is for her the energy of life,

allowing her to face up to deteriorations, blocks of hate, great sorrows.

To morph, is to disintegrate, diying in a terrible crash.

Then to expose this sharpened form of thinness, for every one to see,

maintains the strength, the "akanian" antimatter.

The remainders left by Akan are summarized in an important wardrobe, rich of thousand dresses, size 34.

" A wardrobe to shine in secret".

Akan stores these unused forgotten skins because perhaps one day the success will come back again

with the large procession of its victorious displays.

The slender streamlined shape of the female body, incarnated by Akan sings the hymn of consciousness.

To lose glory, to lose visibility is to live sublimated in a anorectic way to be in the world.

Getting older is not a worth game because being thin is stronger.

To protect with moth-balls this wardrobe means to still expect possible success in fashionable life.

A whole sporadic life deadened in linens and hems, seams and linings, available to Akan's anorexic body.


A thing remained constant: the elegance, "the anorexic dress".

Two children, she has two daughters: Ismene and Poppey.

Her Husband, Sol, lives with her in a great serenity and provides peace, so precious to Akan.

After two completely missed relationships, she is happy with this third shining,

secret, fragile man, who is older than her, who gives her the feeling to be sometimes a little girl with him.

On the financial level there is total vacuum: her work interests only attracted people by anorexia. 

The International Galleries from now on have closed their doors to her in favor of fresh young talents

which would be forgotten in several months.

Sol brings the money.

He works as a senior fundraiser in a well known charity.

Their 75 m2 flat is in a calm district of the city, a popular zone without richness nor misery.

From their past they have kept two square armchairs: Marquises Jacob,

covered with turquoise silks from Tassinari and Châtel,

and a score of Porcelain 1800 lamps, with rare "juponnés" lamp-shades,

richly decorated with Declercq Passementeries.

There remains all the life of Akan and Sol in this modest apartment,

the dreams remain, the fashion, the cinema, the books,

Bonnard, Schiele, Klimt, Elie Faure, Soutine, Kafka, Rachmaninov remain intense without weakening.

 

Alice Odilon. 1/08/2010. Copyright AO. All rights reserved.

Epluchures


“Les petites robes en pierre”. Copyright Alice ODILON 1978.

En 50 ans, les épluchures se jètent dans les poubelles; d’abord en petits tâs dispersés, éloignés les uns des autres, puis devenus des monceaux de restes, des montagnes de peaux impossibles.

Des périodes de crise engendrent des collections effreinées dans la vie de Akan: des hommes, des chaussures, des robes, des manteaux, des vestes, des montres, des rendez-vous manqués, des négatifs perdus, des appareils photos aussitôt revendus, des chiens adoptés sitôt abandonnés, des attentes par millier, jamais exaucées.

“Les vêtements noirs”. 1977. Copyright Alice ODILON

Akan vieillit de plus en plus et jète de plus en plus de choses.

Il s’en est fallu de peu.

Akan est avant la mort, mais certainement jamais cette image de gloire dont elle rêve toute sa vie.

Tout ce temps passe si longuement, il n’en reste rien que deux enfants, rien d’autre.

Dans le passé, la foi en  sa diversion creuse  des tranchées glissantes dans sa vie hésitante.

Et là maintenant il faut admettre, que ces années de réflexion, de réclusion, de différenciation n’aboutissent à rien.

Le principe d’épluchure semble finalement déterminer sa vie.

Accumuler les pertes, perdre les histoires, en tas de copeaux de peaux.

Différentes villes, différents noms de rue, différentes adresses, et toujours la même quête: qu’il ne reste rien que du commencement souvent déjà fini.

Akan est ce qui ne sera pas………/………

(à suivre…)

24/04/2010

Copyright Alice ODILON

“La Housse aux oiseaux”. 1977. Copyright Alice ODILON


Peelings


In 50 years peelings will throw themselves in some dustbins; initially episodically then accelerating exponentially as time passes.

It goes without saying that periods of crisis brought about a frenzy of collecting in the life of Akan:

men, shoes, dresses, coats, jackets, watches, missed meetings, lost negatives, cameras immediately sold, adopted dogs abandoned instantly, thousands of expectations never realized.

It is a close run thing.

She could be the woman which she had been sure that she was, would be, before her death and even after in unread books.

All this time went so slowly and there only remain two children, nothing else.

In the past the basis of her diversion had gouged deep and wide in her faltering self.

And now she has to accept everything, that these years of reflection, no rescued life of difference, only produce wrinkles, an intelligent tiredness and reconciliation of a fifty year old woman.

Her daughters are gone now since a long time.

What’s left is the delicious memory of their beautiful faces and their bird-like chatter.

The principle of peelings seems finally to have determined her life.

Accumulating losses, losing out on everything, – a pile of pieces of peelings.-

Different towns, different street names, different addresses, and always the same quest:

that there only remains a new start that is often already ended.

Akan is what she won’t be…….

Alice Odilon Copyright 2010.

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